La contestation sociale née dans les milieux commerçants iraniens s’étend désormais aux campus universitaires. À Téhéran comme à Ispahan, des étudiants sont descendus dans la rue mardi 30 décembre 2025 pour dénoncer la flambée des prix et la dégradation continue des conditions de vie, dans un climat de forte surveillance sécuritaire.
Des manifestations ont été signalées dans au moins sept universités parmi les plus prestigieuses de la capitale, ainsi que dans un établissement d’enseignement supérieur à Ispahan, au centre du pays. Les rassemblements, bien que limités en nombre, marquent une extension symbolique du mouvement à un secteur historiquement sensible du paysage politique iranien : la jeunesse étudiante.
Autour des campus, la présence policière était particulièrement visible. Les slogans entendus dénonçaient principalement la cherté de la vie, l’effondrement du pouvoir d’achat et l’instabilité économique, dans un pays où l’inflation frappe désormais toutes les strates de la société.
Dans le centre de Téhéran, un important dispositif de police et de forces de sécurité quadrillait mardi les grands carrefours et les zones universitaires, a constaté l’AFP. Si une partie des commerces, restés fermés la veille en signe de protestation, ont rouvert leurs portes, la tension demeurait palpable.
La veille, de nombreux commerçants avaient baissé le rideau pour dénoncer un marasme économique aggravé par la dépréciation fulgurante du rial, sur fond de sanctions occidentales renforcées. Le mouvement avait débuté dimanche dans le principal marché de téléphones portables de la capitale, avant de s’étendre à d’autres quartiers centraux, sans toutefois paralyser l’ensemble de l’activité commerciale.
Face à cette montée de la grogne, le président Massoud Pezeshkian a tenté d’apaiser les esprits. Sur le réseau social X, il a affirmé avoir demandé au ministre de l’Intérieur « d’écouter les revendications légitimes des manifestants » et de dialoguer avec leurs représentants afin de permettre au gouvernement « d’agir de manière responsable ».
Le chef de l’État a également rencontré des responsables syndicaux et proposé des mesures fiscales temporaires, censées soutenir les entreprises sur une période d’un an, selon l’agence Mehr. Des annonces accueillies avec prudence, tant la défiance reste forte.
À ce stade, le mouvement reste sans commune mesure avec les grandes mobilisations qui avaient secoué l’Iran à la fin de l’année 2022, après la mort de Mahsa Amini en détention. Cette vague de protestation, déclenchée par l’arrestation de la jeune femme pour un voile jugé non conforme, avait fait plusieurs centaines de morts et profondément ébranlé le régime.
Des précédents existent également : en 2019, l’annonce d’une forte hausse du prix de l’essence avait provoqué des manifestations dans une centaine de villes, réprimées dans le sang.
Conscient du risque d’escalade, le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, a mis en garde contre toute « instrumentalisation » des manifestations visant à semer le chaos, reprenant un discours récurrent des autorités, qui accusent régulièrement des puissances étrangères d’alimenter les troubles sociaux.
L’arrière-plan de cette colère est avant tout économique. Déjà fragilisée par des décennies de sanctions occidentales, l’économie iranienne subit depuis fin septembre le rétablissement par l’ONU de mesures punitives internationales liées au dossier nucléaire.
Conséquence directe : le rial a atteint un nouveau plus bas historique sur le marché informel, dépassant 1,4 million de rials pour un dollar et 1,7 million pour un euro, contre respectivement 820 000 et 855 000 un an plus tôt. Une légère embellie a été observée en début de semaine, sans effet notable sur l’inflation galopante.
Cette dépréciation chronique alimente une hausse brutale et imprévisible des prix, paralysant les échanges commerciaux et plongeant vendeurs comme consommateurs dans l’incertitude.
« Aucun responsable politique ne s’est soucié de l’impact du dollar sur nos vies », confie un commerçant au quotidien Etemad. « Il a fallu manifester pour être entendus. »
Mercredi, écoles, banques et administrations resteront fermées dans la quasi-totalité du pays, officiellement en raison du froid et pour économiser l’énergie, selon les médias d’État — une décision qui intervient toutefois dans un contexte social particulièrement tendu.


























