Que cherche à cacher le régime d’Ahmed al-Charaa en niant avec autant de force la fusillade au palais présidentiel ?

Que cherche à cacher le régime d’Ahmed al-Charaa en niant avec autant de force la fusillade au palais présidentiel ?

Le 5 janvier 2026, les autorités syriennes ont une fois de plus déployé leur arsenal habituel de déni : le ministère de l’Intérieur, par la voix de son porte-parole Noureddine al-Baba, a qualifié de « totalement infondées » et « entièrement fausses » les rumeurs d’un incident sécuritaire visant le président Ahmed al-Charaa. Pourtant, des sources fiables et indépendantes contredisent formellement cette version officielle. L’AFP, agence reconnue pour sa prudence, rapporte que deux témoins directs – un diplomate d’un pays allié au nouveau pouvoir et Rami Abdel Rahman, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) – confirment une fusillade au palais présidentiel de Damas le soir du 30 décembre 2025.

Selon ces sources, les tirs ont duré environ 12 minutes, causant plusieurs blessés. Rami Abdel Rahman, dont l’ONG basée au Royaume-Uni dispose d’un réseau étendu sur le terrain syrien, précise qu’il s’agissait d’une « dispute interne » entre personnes présentes au palais, et non d’une tentative directe contre al-Charaa. Mais peu importe la nature exacte : des coups de feu dans le sanctuaire du pouvoir suprême, c’est la preuve irréfutable d’un chaos interne que le régime refuse d’assumer.

Al-Charaa n’a pas fait d’apparition publique entre le 29 décembre – date du lancement des nouveaux billets de banque sans l’effigie d’Assad – et les jours suivants, alimentant les spéculations sur les réseaux sociaux. Le régime excuse cela par le fait que ses apparitions « ne sont pas régulières ». Mais quand les rumeurs explosent, Damas préfère l’opacité au dialogue, accusant les « plateformes » de propager des « informations forgées » plutôt que d’expliquer.

Pourquoi ce déni viscéral ? Parce que reconnaître une fusillade interne, même qualifiée de « banale », serait catastrophique pour un pouvoir qui n’a qu’un an. Ahmed al-Charaa, ancien emir de HTS – groupe issu d’Al-Qaïda, recyclé en force « modérée » –, a pris Damas en décembre 2024 et s’est autoproclamé président en janvier 2025. Il multiplie les gestes vers l’Occident : visite historique à la Maison Blanche chez Trump en novembre 2025, levée partielle des sanctions, promesses d’inclusion et de lutte contre Daech. Mais en Syrie, la réalité est bien plus sombre : violences sectaires persistantes (contre alaouites, druzes, avec des frappes israéliennes répétées près du palais en mai et juillet 2025 pour « protéger » les minorités), infiltrations djihadistes dans les forces de sécurité (comme l’attaque de Palmyre tuant des Américains en décembre), et tentatives d’assassinat déjouées contre al-Charaa lui-même (au moins deux par Daech, selon des sources sécuritaires).

Une « dispute interne » qui tourne à la fusillade au palais révèle que al-Charaa ne maîtrise pas totalement son appareil : un conglomérat de milices, de tribus et d’extrémistes où les loyautés personnelles priment. Avouer cela ruinerait l’image de stabilité qu’il vend à Washington, Paris, Ankara et Riyad. Mieux vaut nier, minimiser, et produire des vidéos anodines pour faire taire les doutes.

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