Kenya : un militant poursuivi pour la diffusion de fausses images du président William Ruto

Kenya : un militant poursuivi pour la diffusion de fausses images du président William Ruto

Un militant kényan, Harrison Nyende Mumia, , comparaît devant la justice après avoir diffusé sur les réseaux sociaux des images truquées ou générées par intelligence artificielle (IA) du président William Ruto, le dépeignant dans un état de santé critique, voire comme décédé. Cette affaire, survenue fin décembre 2025, a provoqué une vive controverse au Kenya, relançant les débats sur la désinformation à l’ère numérique et les limites de la liberté d’expression face aux avancées de l’IA.

Âgé de 47 ans, Harrison Nyende Mumia est une figure bien connue de la société civile kényane. Fondateur et leader de l’Atheists Society of Kenya depuis 2016, il milite activement pour la promotion de l’athéisme, du sécularisme et de la rationalité dans un pays majoritairement religieux, où les chrétiens représentent plus de 85 % de la population selon le recensement de 2019. Mumia, ancien employé de la Banque centrale du Kenya et web administrateur, est habitué aux controverses : il a critiqué publiquement les dons massifs de politiciens aux églises, participé au National Prayer Breakfast en 2024 malgré son athéisme, et dénoncé des événements religieux comme le Rhema Feast en 2025, accusés d’exploiter les vulnérables. Ses interventions sur les réseaux sociaux, via son compte Instagram @harrisonmumia et un profil Facebook pseudonyme sous le nom de Robinson Kipruto Ngetich, l’ont souvent placé au cœur du débat public.

Les faits remontent au 30 décembre 2025. Selon l’acte d’accusation présenté au tribunal de Milimani à Nairobi, Mumia aurait publié plusieurs visuels manipulés : une image montrant le président Ruto allongé sur un lit d’hôpital, un masque à oxygène sur le visage, semblant moribond ; une autre le représentant comme décédé ; et potentiellement une courte vidéo IA de cinq secondes où il est giflé et menotté par son aide de camp. Accompagnés de légendes laissant entendre que ces scènes étaient réelles, ces contenus ont rapidement circulé sur Facebook et Instagram, atteignant des centaines de milliers de vues et générant confusion, inquiétude et spéculations folles au sein de l’opinion publique. Les autorités affirment que Mumia savait pertinemment que ces informations étaient fausses, les ayant publiées « en connaissance de cause ».
Arrêté sans mandat à son domicile du quartier de Komarock à Nairobi par des officiers de la Direction des enquêtes criminelles (DCI), Mumia a été détenu plusieurs jours avant d’être présenté le 5 janvier 2026 devant la magistrate en chef Dolphina Alego. Il fait face à quatre chefs d’accusation de « publication de fausses informations » en violation de la section 22(1) du Computer Misuse and Cybercrimes Act de 2018. Cette loi, adoptée pour contrer la cybercriminalité, punit la diffusion intentionnelle de données fictives, trompeuses ou mensongères susceptibles de causer du tort à une personne, de troubler l’ordre public ou de menacer la sécurité nationale. Les peines encourues vont jusqu’à 10 ans de prison et des amendes substantielles. Le parquet, dirigé par l’Office du Procureur public (ODPP), liste des témoins dont un expert en criminalistique numérique et un policier, PC Benard M., soulignant le risque pour la stabilité du pays.

Lors de son audience, assisté de son avocat Levi Munyeri, Mumia a plaidé non coupable à l’ensemble des charges. La cour lui a accordé une liberté provisoire sous caution : 1 million de shillings kényans (environ 6 600 euros) en caution avec sûreté, ou 500 000 shillings (plus de 3 300 euros) en espèces. Il a dû également remettre son passeport et s’est vu interdire de voyager sans autorisation. Initialement, il a passé plusieurs nuits en détention faute de pouvoir réunir immédiatement la somme, avant d’être libéré. Une mention de l’affaire est fixée au 19 janvier 2026, pour la poursuite des investigations.

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