Révolte iranienne : le Grand Bazar, bastion du pouvoir, devient épicentre de la contestation

Révolte iranienne : le Grand Bazar, bastion du pouvoir, devient épicentre de la contestation

7 janvier 2026 – La vague de contestation qui secoue l’Iran depuis fin décembre 2025 est entrée dans sa deuxième semaine, marquée par une escalade spectaculaire au cœur de Téhéran. Affaibli par la réactivation des sanctions onusiennes en septembre 2025 suite à ses violations du JCPOA, par les séquelles du conflit de douze jours avec Israël en juin 2025 – qui a gravement endommagé ses installations nucléaires et ses arsenaux de missiles – et par une crise économique sans précédent (effondrement du rial à un niveau historique et inflation galopante), le régime de l’ayatollah Ali Khamenei (86 ans) et du président réformateur Masoud Pezeshkian fait face à une colère populaire d’une ampleur inédite

Aujourd’hui, les troubles touchent plus de 27 des 31 provinces et au moins 280 localités, impliquant non seulement les bazaaris traditionnellement conservateurs, mais aussi étudiants, ouvriers et citoyens de toutes classes sociales.

Pour la première fois dans cette crise, le Grand Bazar – symbole millénaire du commerce iranien et bastion historique du conservatisme – s’est transformé en théâtre d’affrontements directs. Le 6 janvier, des milliers de manifestants y ont organisé un sit-in massif, assis face aux forces de l’ordre dans les allées labyrinthiques du marché. Les slogans, initialement économiques, ont viré au politique pur : « Mort au dictateur ! » visant explicitement l’ayatollah Khamenei, « Liberté ! », mais aussi des cris monarchistes tabous depuis 1979 comme « Javid Shah ! » (Vive le Shah !) ou « Reza Pahlavi reviendra ! », en référence au prince héritier en exil.

Les forces de sécurité, déployées en masse (riot police, unités motorisées et agents en civil), ont répondu par des tirs intensifs de gaz lacrymogènes, dispersant les foules et provoquant la fermeture temporaire de vastes sections du marché, y compris les passages de l’or et des tissus. Des images vérifiées par Reuters, AFP et d’autres agences montrent des boutiques fermées, des nuages toxiques envahissant les couloirs voûtés et des manifestants déterminés tenant bon malgré la répression.

Le bilan humain s’alourdit : selon des organisations indépendantes comme Human Rights Activists News Agency (HRANA) et Hengaw, au moins 29 à 36 personnes ont été tuées depuis le début des troubles, dont plusieurs mineurs, et plus de 1 200 arrêtées. Les autorités iraniennes minimisent ces chiffres, évoquant 12 à 16 morts, incluant des membres des forces de l’ordre. Des incidents particulièrement graves ont été documentés : irruptions de gaz lacrymogènes dans des hôpitaux à Téhéran et dans la province d’Ilam pour arrêter des blessés, prises temporaires de quartiers par les manifestants dans des villes comme Abdanan, Malekshahi ou Lordegan, avec incendies de véhicules de police et de bâtiments publics.

Les slogans ont évolué : aux revendications économiques initiales se sont ajoutés un rejet frontal du régime islamique, des appels à un Iran laïc et le brandissement ostentatoire de drapeaux pré-révolutionnaires au Lion et Soleil, symbole de la monarchie Pahlavi interdit depuis 1979.Sur le plan international, la situation est tendue. Les menaces répétées du président américain Donald Trump – qui a averti que les États-Unis « viendraient au secours » des manifestants en cas de répression violente et se dit « locked and loaded » – ont initialement incité Téhéran à une certaine retenue. Mais l’escalade de la violence a ravivé les espoirs de certains protestataires en un soutien extérieur : des vidéos montrent des rues temporairement renommées « Donald Trump Street » en geste symbolique de défi.

Face à cette crise existentielle, le président Pezeshkian a promis des réformes économiques urgentes (subventions ciblées, stabilisation monétaire) et un dialogue avec les manifestants, tout en ordonnant une enquête sur les raids hospitaliers. L’ayatollah Khamenei, lui, a distingué les « protestataires légitimes » des « émeutiers » à mater fermement, accusant sans preuve des ingérences étrangères.

que les coupures d’internet se multiplient et que la présence sécuritaire s’alourdit autour des universités et des centres commerciaux, l’Iran semble à un tournant. La rupture du Grand Bazar avec le régime, traditionnellement allié des conservateurs, signe l’érosion profonde d’un système confronté à une contestation qui, pour la première fois depuis des décennies, ose ouvertement rêver d’alternatives radicales.

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