Myanmar : Min Aung Hlaing organise des élections pour légitimer le pouvoir de la junte
Au Myanmar, les élections actuellement supervisées par le général Min Aung Hlaing ne constituent pas une rupture avec le régime militaire, mais son prolongement sous une forme institutionnelle. Officiellement présentées comme une étape vers le retour à l’ordre constitutionnel, elles sont perçues par une grande partie de la population et par les observateurs internationaux comme un instrument de légitimation politique au service de la junte au pouvoir depuis le coup d’État de février 2021.
À l’origine de ce scrutin se trouve un homme : Min Aung Hlaing, chef des forces armées devenu chef de l’État par la force. À quelques mois de la retraite, il avait renversé le gouvernement civil d’Aung San Suu Kyi, dénonçant sans preuves des fraudes électorales. Depuis, il gouverne par décret, concentre tous les leviers institutionnels et dirige un pays plongé dans une guerre civile multiforme.
La levée de l’état d’urgence à l’été 2025 n’a pas marqué un retour effectif à la normalité démocratique. Elle a surtout ouvert la voie à un processus électoral strictement encadré par l’armée. Les principaux partis d’opposition ont été dissous ou interdits, leurs dirigeants emprisonnés, assignés à résidence ou contraints à l’exil. La presse indépendante est muselée, les observateurs internationaux absents, et les zones de vote se limitent aux territoires sous contrôle militaire.
Dans ces conditions, le résultat ne fait guère de doute : le parti pro-junte est donné largement vainqueur, garantissant au général une majorité parlementaire docile. Min Aung Hlaing pourrait alors abandonner formellement son uniforme pour endosser le rôle de président civil, sans que l’équilibre réel du pouvoir ne soit modifié.
Sur le plan stratégique, cette séquence électorale répond à plusieurs objectifs. À l’intérieur, elle vise à affaiblir symboliquement l’opposition armée et à donner l’illusion d’une normalisation politique. À l’extérieur, elle cherche à desserrer l’étau diplomatique et à offrir aux partenaires régionaux – notamment la Chine et la Russie – un cadre institutionnel minimal pour justifier leurs relations avec Naypyidaw.
Mais dans un pays ravagé par les combats, où près de 90 000 personnes auraient péri depuis le coup d’État selon l’ONG ACLED, l’élection apparaît comme un simulacre. Elle ne met pas fin à la guerre civile, ne restaure ni l’État de droit ni les libertés publiques, et ne répond à aucune revendication populaire.
Plus qu’un retour à la démocratie, ce scrutin consacre une mutation du régime : la transformation d’une dictature militaire assumée en autoritarisme électoral, où les urnes servent moins à choisir qu’à entériner un pouvoir déjà confisqué.
