Rubio prévient l’Irak : retour d’al-Maliki et formation d’un gouvernement sous influence iranienne
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a lancé dimanche un avertissement appuyé à l’Irak contre la formation d’un gouvernement trop aligné sur Téhéran, alors que le retour annoncé de l’ancien Premier ministre Nouri al-Maliki au sommet de l’exécutif ravive de profondes inquiétudes à Washington.
Lors d’un entretien téléphonique avec le Premier ministre sortant Mohammed Shia al-Sudani, Rubio a insisté sur la nécessité pour le futur gouvernement de faire de l’Irak « une force de stabilité, de prospérité et de sécurité au Moyen-Orient », selon un communiqué du département d’État. Un message diplomatique en apparence consensuel, mais qui masque mal la nervosité américaine face à la perspective d’un basculement stratégique de Bagdad vers l’orbite iranienne.
« Le secrétaire a souligné qu’un gouvernement contrôlé par l’Iran ne peut pas placer les intérêts de l’Irak en priorité, ni le maintenir à l’écart des conflits régionaux, ni faire progresser le partenariat mutuellement bénéfique entre les États-Unis et l’Irak », a déclaré le porte-parole du département d’État, Tommy Pigott.
Le nom de Nouri al-Maliki, choisi par le principal bloc chiite du Parlement, cristallise ces craintes. Écarté du pouvoir en 2014 sous forte pression américaine, Maliki avait été jugé responsable d’une gouvernance sectaire ayant fragilisé l’État irakien et ouvert la voie à l’essor du groupe État islamique. Son retour est perçu à Washington comme le symbole d’un possible réancrage durable de l’Irak dans la sphère d’influence de Téhéran.
Un tel scénario représenterait une victoire stratégique majeure pour la République islamique, affaiblie par une accumulation de revers. Depuis fin décembre, l’Iran est secoué par des manifestations massives réprimées dans le sang. Sur le plan régional, les frappes israéliennes répétées, la guerre contre le Hezbollah libanais et surtout la chute de Bachar el-Assad en Syrie ont sérieusement entamé le réseau d’alliances de Téhéran.
Dans ce contexte, l’Irak demeure l’un des derniers piliers arabes de l’influence iranienne. « Les États-Unis portent un regard très négatif sur les précédents gouvernements dirigés par Maliki », confie à l’AFP une source politique irakienne. Dans une lettre adressée à des responsables de Bagdad, des représentants américains ont rappelé que si le choix du Premier ministre relevait de la souveraineté irakienne, Washington se réservait le droit de « prendre ses propres décisions » en fonction de ses intérêts stratégiques.
L’influence américaine reste considérable. Une large part des revenus pétroliers irakiens transite toujours par la Réserve fédérale de New York, héritage direct de l’après-invasion de 2003. Un levier financier décisif que Washington n’hésite pas à utiliser pour peser sur les équilibres politiques internes.
Parmi les lignes rouges américaines figure la résurgence des milices chiites pro-iraniennes. Mohammed Shia al-Sudani, au pouvoir depuis 2022, avait su rassurer les États-Unis par une politique de relative modération et par ses efforts pour contenir ces groupes armés. Un équilibre fragile que le retour de Maliki pourrait remettre en cause.
Ironie de l’histoire, Maliki était pourtant arrivé au pouvoir en 2006 avec l’appui explicite de Washington, soutenant alors l’offensive américaine contre Al-Qaïda en Irak. Mais son virage autoritaire et sectaire avait progressivement conduit les États-Unis à le considérer comme un facteur d’instabilité plutôt que comme un allié.
Le Parlement irakien doit se réunir mardi pour élire un nouveau président, poste honorifique mais crucial puisqu’il désignera le futur Premier ministre. Une étape décisive dans un pays toujours tiraillé entre souveraineté nationale, pressions étrangères et luttes d’influence régionales.
