Pékin calme le jeu : l’accord commercial préliminaire avec le Canada ne cible « aucune tierce partie »

Pékin calme le jeu : l’accord commercial préliminaire avec le Canada ne cible « aucune tierce partie »

Ce lundi 26 janvier 2026, la Chine a tenu à apaiser les tensions en clarifiant publiquement la nature et la portée de l’accord commercial préliminaire qu’elle a récemment conclu avec le Canada. Cette mise au point intervient dans un climat particulièrement tendu, marqué par les menaces répétées du président américain Donald Trump, qui avait annoncé la possibilité d’imposer des droits de douane pouvant atteindre 100 % sur une large gamme de produits canadiens si Ottawa poursuivait son rapprochement avec Pékin.

Lors du point presse quotidien du ministère chinois des Affaires étrangères, le porte-parole Guo Jiakun a insisté sur le caractère strictement bilatéral de cet arrangement, précisant : « La Chine et le Canada œuvrent à la construction d’un partenariat stratégique de type nouveau. Cet accord ne vise aucune tierce partie. Il répond aux intérêts communs des deux peuples et contribue à la paix, à la stabilité, au développement et à la prospérité du monde entier », reprenant presque mot pour mot la formulation officielle utilisée par Pékin ces derniers jours.

Annoncé le 16 janvier 2026 sous la forme d’un « accord de principe préliminaire » lors d’une rencontre de haut niveau, cet accord prévoit plusieurs volets concrets visant à réduire les frictions commerciales accumulées ces dernières années. Ainsi, le Canada s’engage à autoriser l’entrée annuelle de 49 000 véhicules électriques fabriqués en Chine à un taux de droits de douane préférentiel ramené à 6,1 %, contre des niveaux beaucoup plus élevés imposés précédemment en coordination avec les États-Unis en 2024. En retour, la Chine prévoit de baisser significativement ses tarifs sur les importations canadiennes de graines de canola (colza), les faisant passer à un taux combiné d’environ 15 % d’ici le 1er mars 2026.

D’autres mesures complètent ce partenariat, notamment des facilités en matière de visas – avec un régime sans visa pour les Canadiens effectuant des séjours courts –, ainsi qu’une coopération renforcée dans les secteurs de l’énergie propre, des technologies vertes, de l’agroalimentaire et des échanges culturels et universitaires. Présenté par le Premier ministre canadien Mark Carney comme une « réinitialisation » des relations sino-canadiennes, cet accord s’inscrit dans la stratégie d’Ottawa visant à diversifier ses partenaires commerciaux et à réduire sa dépendance historique vis-à-vis des États-Unis, qui absorbent encore plus de 75 % des exportations canadiennes totales.

Du côté chinois, l’objectif affiché est double : consolider des débouchés stables pour ses industries phares, comme les véhicules électriques confrontés à des barrières protectionnistes en Occident, et démontrer que Pékin reste attaché au multilatéralisme et à des relations « gagnant-gagnant », en opposition aux « logiques de confrontation géopolitique » implicitement dénoncées par Guo Jiakun.

La réaction américaine ne s’est pas fait attendre. Dès le week-end du 24-25 janvier, Donald Trump a qualifié cet accord de « menace directe » pour les intérêts économiques des États-Unis et a brandi la menace de tarifs punitifs de 100 % sur les importations canadiennes, touchant notamment l’automobile, l’acier, l’aluminium, le bois, l’énergie et les produits agricoles. Il a même accusé Ottawa de « s’autodétruire » en se rapprochant de la Chine, reprenant un narratif récurrent depuis son premier mandat. Cette surenchère protectionniste s’inscrit dans une tendance plus large observée depuis le retour de Trump à la Maison Blanche, caractérisée par la relance agressive de la guerre commerciale avec la Chine, l’extension des mesures punitives à ses alliés perçus comme « trop conciliants », et la promotion d’un bilatéralisme musclé au détriment des cadres multilatéraux, tels que l’OMC ou les accords régionaux.

Pour Pékin, l’enjeu est également symbolique : montrer que la Chine conserve une influence croissante sur la scène internationale malgré les pressions américaines, et que des pays comme le Canada – membre du G7 et proche allié traditionnel de Washington – peuvent nouer des partenariats économiques substantiels avec elle sans pour autant rompre leurs liens transatlantiques. Ce bras de fer sino-américain via le Canada illustre une réalité nouvelle du commerce mondial en 2026 : la montée irrésistible de la Chine comme acteur économique incontournable, couplée au retour en force des politiques protectionnistes américaines. Ce cocktail explosif pourrait générer de nouvelles incertitudes et tensions sur les chaînes d’approvisionnement mondiales, les prix des matières premières et la croissance économique globale dans les mois à venir.

Partager :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *