Négociations nucléaires Iran-États-Unis à Mascate : Abbas Araghchi à Oman pour une nouvelle tentative de désescalade sous haute tension
Vendredi 6 février Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, est arrivé dans la nuit du 5 au 6 février 2026 à Mascate, la capitale du sultanat d’Oman, à la tête d’une délégation diplomatique de haut niveau. Cette arrivée marque le lancement effectif d’une nouvelle série de négociations nucléaires directes et bilatérales entre l’Iran et les États-Unis.
Ces pourparlers, confirmés conjointement par Téhéran et Washington après une semaine marquée par des incertitudes et des menaces réciproques, se déroulent sous la médiation traditionnelle et discrète d’Oman, un pays qui facilite depuis plus d’une décennie les contacts entre les deux ennemis historiques. Les discussions se tiennent à huis clos, probablement au palais d’Al Alam ou dans un autre site sécurisé de la capitale omanaise, nichée au pied des montagnes Hajar.
Du côté iranien, Abbas Araghchi – ancien négociateur clé de l’accord de Vienne (JCPOA) en 2015 et figure de confiance du Guide suprême Ali Khamenei – dirige une équipe expérimentée composée notamment de Majid Takht-Ravanchi (ancien ambassadeur à l’ONU), Kazem Gharibabadi (vice-ministre chargé des affaires juridiques et internationales) et Esmail Baghaei (porte-parole du ministère des Affaires étrangères). Téhéran adopte une posture ferme mais constructive : selon le porte-parole Baghaei, l’Iran participera « avec autorité et dans le but de parvenir à un accord juste, mutuellement acceptable et respectueux de la dignité nationale » strictement sur la question nucléaire.
Côté américain, la délégation est menée par Steve Witkoff (envoyé spécial pour le Moyen-Orient, proche de longue date de Donald Trump) et Jared Kushner (gendre et conseiller influent du président). Washington conserve une approche maximaliste : les responsables, dont le secrétaire d’État Marco Rubio et la porte-parole Karoline Leavitt, insistent pour que les discussions englobent idéalement le nucléaire, les missiles balistiques, le financement des proxies régionaux et même le traitement du peuple iranien. La Maison Blanche présente la diplomatie comme la « première option » de Trump, mais répète que « toutes les options restent sur la table » – une formule interprétée comme une menace crédible d’action militaire, d’autant plus que les forces américaines ont été massivement renforcées dans le Golfe (porte-avions, bombardiers B-2 et B-52, systèmes antimissiles THAAD et Patriot supplémentaires).
Ces négociations interviennent dans un contexte extrêmement volatile : accumulation récente de missiles balistiques iraniens à longue portée, frappes israéliennes et américaines sur des sites iraniens en 2025 (notamment lors d’un conflit de 12 jours en juin), niveaux d’enrichissement d’uranium proches ou supérieurs à 90 % selon l’AIEA et les services occidentaux, répression sanglante en Iran d’un vaste mouvement de contestation nationale début 2026 (des milliers de morts selon les ONG), et menaces réciproques directes entre Téhéran et Washington.
Pour l’Iran, un accord – même limité – offrirait un allègement vital des sanctions et un répit économique face à la crise interne aggravée. Pour les États-Unis et leurs alliés, l’objectif est d’empêcher définitivement l’acquisition d’une capacité nucléaire militaire par Téhéran, tout en évitant une guerre ouverte qui menacerait le détroit d’Ormuz et les marchés énergétiques mondiaux.
Aucun résultat concret n’est attendu dès la première session de ce 6 février. Les analystes prévoient des discussions prolongées sur plusieurs jours, voire semaines, avec des rounds ultérieurs possibles à Mascate ou ailleurs. Les deux camps affichent un mélange prudent d’espoir minimal et de fermeté : Téhéran évoque une « diplomatie responsable et réaliste », Washington insiste sur le « sérieux » requis face à un régime jugé affaibli mais toujours extrêmement dangereux.
Ces pourparlers représentent potentiellement la dernière fenêtre diplomatique sérieuse avant une possible escalade militaire majeure au Moyen-Orient. Oman, en maintenant son rôle de facilitateur neutre et discret, espère une fois de plus contribuer à préserver la stabilité régionale face à des enjeux qui dépassent largement le seul dossier nucléaire.
