Les États-Unis menacent l’Algérie de sanctions pour son achat d’avions de combat russes Su-57E « Felon »
Des fuites de documents russes, publiées en octobre 2025 par le groupe de hackers Black Mirror, ont révélé que l’Algérie avait commandé auprès du constructeur Soukhoï (groupe Rostec) douze chasseurs de cinquième génération Su-57E « Felon » et quatorze bombardiers tactiques Su-34 « Fullback ». Alger n’a jamais officiellement confirmé ces acquisitions, mais les indices se sont accumulés.
En novembre 2025, Vadim Badekha, PDG de United Aircraft Corporation (UAC), maison-mère de Soukhoï, a déclaré lors du salon aéronautique de Dubaï qu’un « partenaire étranger » avait déjà reçu ses deux premiers Su-57E, entrés en service opérationnel et jugés très performants par le client. Bien que le nom du pays n’ait pas été prononcé, le contexte pointe clairement vers l’Algérie, qui devient ainsi le premier client export du chasseur furtif russe.
Parallèlement, les relations algéro-américaines semblaient s’améliorer. L’ambassadeur algérien à Washington, Sabri Boukadoum, affirmait le 18 novembre 2025 devant le Stimson Center : « Il n’y a pas de limite à notre coopération bilatérale. Je suis très optimiste. » Alger multipliait les gestes d’ouverture envers les États-Unis, dans un contexte où Donald Trump, réélu, avait tenté – sans succès durable – de rapprocher Rabat et Alger sur le dossier du Sahara occidental lors de son premier mandat (2017-2021).
Ces efforts risquent pourtant d’être balayés par la question des armements russes. Lors d’une audition devant la commission des Affaires étrangères du Sénat américain, le 3 février 2026, Robert Palladino, directeur du Bureau des affaires du Proche-Orient au département d’État, a clairement indiqué que Washington envisageait des sanctions contre l’Algérie en raison de cet achat de Su-57E.
« Nous collaborons étroitement avec le gouvernement algérien sur les sujets où nos intérêts convergent. Mais nous divergeons sur de nombreux points, et ce contrat d’armement en est une illustration flagrante de ce que les États-Unis jugent problématique. Nous mobilisons tous les outils diplomatiques à notre disposition pour défendre nos intérêts et empêcher ce que nous estimons inacceptable », a-t-il déclaré.
L’outil en question est la loi CAATSA (Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act), adoptée en 2017, qui cible les entités concluant des « transactions significatives » avec l’industrie de défense russe. Par le passé, la simple menace de CAATSA a dissuadé l’Égypte et l’Indonésie d’acquérir des Su-35. Seuls la Chine (pour des S-400) et la Turquie (exclue du programme F-35 après achat de S-400) ont subi des sanctions effectives. L’Inde, elle, a été épargnée en raison de son rôle stratégique face à la Chine.
Le Su-57E Felon, version export du chasseur furtif russe, affiche des performances impressionnantes : masse maximale au décollage de 35 tonnes, vitesse maximale de Mach 2,42, plafond de 19 000 mètres, rayon d’action de 2 150 à 3 500 km selon la configuration. Il dispose de quatre soutes internes (dont deux latérales pour missiles air-air) et de six points d’emport externes. La version russe intègre des radars en bandes L et X, ainsi que la capacité d’emporter des missiles de croisière comme le Kh-69.
Cette menace de sanctions intervient alors que l’Algérie cherche à moderniser sa force aérienne, historiquement très dépendante du matériel russe, dans un contexte régional tendu (rivalité avec le Maroc, instabilité au Sahel). Washington espère sans doute pousser Alger à diversifier ses fournisseurs – ou à renoncer à Moscou – sous peine de conséquences économiques et diplomatiques. Pour l’instant, Alger n’a pas réagi publiquement à ces déclarations.
