Éthiopie : les principaux groupes armés opposés au gouvernement forment une alliance

Éthiopie : les principaux groupes armés opposés au gouvernement forment une alliance

Les principaux groupes armés opposés au gouvernement fédéral éthiopien ont annoncé la formation d’une alliance regroupant sept mouvements, avec pour objectif affiché de renverser le pouvoir en place et de favoriser l’instauration d’un gouvernement de transition. Cette coalition réunit notamment les forces tigréennes, les milices nationalistes amhara Fano et l’Armée de libération oromo (OLA), faisant émerger un nouveau front armé contre le pouvoir d’Addis-Abeba.

« Nous venons de former une alliance, nous collaborons avec plusieurs groupes et nos objectifs sont de renverser le régime et de faciliter la mise en place d’un gouvernement de transition », a déclaré à l’AFP Amanuel Assefa, vice-président du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), confirmant la constitution de cette coalition.

Selon le responsable tigréen, sept groupes armés participent à cette alliance, dont plusieurs mouvements déjà engagés dans des affrontements avec les forces fédérales ou opposés à la politique du gouvernement. Parmi eux figurent les forces du Tigré, les combattants nationalistes amhara du Fano ainsi que l’Armée de libération oromo, active dans l’Oromia, la région la plus peuplée du pays.

La convergence de ces mouvements intervient alors que l’Éthiopie reste confrontée à plusieurs foyers de violence armée, malgré les efforts engagés ces dernières années pour mettre fin aux conflits qui ont profondément déstabilisé le pays. La multiplication des fronts constitue un défi majeur pour le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed, arrivé au pouvoir en 2018 et confronté depuis à une succession de crises politiques et sécuritaires.

Le Tigré reste au cœur de cette histoire récente. De novembre 2020 à novembre 2022, cette région du nord du pays a été le théâtre d’une guerre particulièrement meurtrière opposant les forces fédérales et leurs alliés aux autorités régionales du Tigré dominées par le TPLF. Le conflit, qui a fait de nombreuses victimes et provoqué d’importants déplacements de population, s’est achevé avec la signature d’un accord de paix à Pretoria, en Afrique du Sud.

Cet accord avait permis une baisse des combats et le retour progressif d’une partie des institutions fédérales dans la région. Il n’a toutefois pas fait disparaître toutes les tensions. La question des territoires disputés, le désarmement et les relations entre le gouvernement fédéral et les autorités tigréennes continuent notamment de nourrir les tensions politiques.

Dans la région voisine de l’Amhara, le gouvernement fait également face à une importante contestation armée. Les milices Fano, qui bénéficient d’un ancrage dans plusieurs zones de l’État régional, se sont opposées aux autorités fédérales et ont affronté les forces de sécurité éthiopiennes. Les tensions se sont notamment aggravées autour de la réorganisation des forces régionales et des décisions prises par Addis-Abeba concernant les structures de sécurité locales.

L’Oromia constitue un autre foyer majeur de violence. L’Armée de libération oromo mène depuis plusieurs années une insurrection contre le gouvernement fédéral, notamment dans certaines zones rurales. Le mouvement affirme défendre les intérêts de la population oromo, tandis que les autorités éthiopiennes l’accusent de mener des attaques contre les institutions publiques et les forces de sécurité.

Ces trois espaces, le Tigré, l’Amhara et l’Oromia, présentent des réalités politiques et historiques différentes. Leur rapprochement au sein d’une même coalition constitue donc un développement important dans la crise sécuritaire éthiopienne. Les groupes concernés ne partagent pas nécessairement les mêmes revendications ni la même vision de l’avenir du pays, mais ils se retrouvent désormais autour d’un objectif commun : s’opposer au gouvernement fédéral et provoquer un changement politique.

La création de cette alliance intervient également dans un contexte marqué par une forte polarisation de la vie politique éthiopienne. Depuis plusieurs années, le pouvoir fédéral cherche à renforcer son autorité face aux gouvernements régionaux et aux mouvements armés, dans un pays où le système fédéral repose en grande partie sur l’organisation politique et territoriale autour de différentes communautés.

La coalition annoncée dimanche pourrait ainsi modifier les rapports de force entre le gouvernement et ses adversaires armés. En réunissant des mouvements disposant d’une présence dans plusieurs régions stratégiques, elle pourrait également contraindre les autorités fédérales à gérer simultanément plusieurs foyers de contestation.

Pour l’heure, les modalités précises de fonctionnement de cette alliance restent à déterminer. Les groupes concernés devront notamment coordonner leurs actions et définir leur stratégie commune, alors qu’ils disposent de structures, de revendications et d’implantations géographiques différentes.

L’annonce du TPLF ouvre néanmoins une nouvelle séquence dans la crise éthiopienne. Alors que l’accord de paix de 2022 avait permis de mettre fin à la guerre ouverte au Tigré, la persistance des affrontements en Amhara et en Oromia montre que les tensions armées n’ont pas disparu. La constitution d’une coalition réunissant plusieurs des principaux mouvements opposés à Addis-Abeba fait désormais peser le risque d’une confrontation politique et sécuritaire plus large.

En affichant la volonté de « renverser le régime » et de faciliter l’instauration d’un gouvernement de transition, les groupes armés signataires ne présentent donc plus leur lutte comme une succession de conflits régionaux isolés. Ils annoncent un objectif commun à l’échelle nationale, plaçant directement le pouvoir fédéral au centre de leur confrontation.

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