Élections régionales en Allemagne : un nouveau revers menace Friedrich Merz
Les Allemands votent dimanche dans deux scrutins régionaux particulièrement suivis, alors que le chancelier Friedrich Merz affronte une période politique difficile. Une progression de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) et de Die Linke dans les deux Länder concernés accentuerait la pression sur le gouvernement fédéral et sur le parti conservateur CDU.
Au pouvoir depuis 16 mois, Merz a prévu une réunion de crise avec la direction de la CDU afin d’examiner les premiers résultats des élections organisées à Berlin et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Le chancelier a également réorganisé son agenda pour les jours à venir et renoncé à se rendre à l’Assemblée générale des Nations unies afin de rester à Berlin et de gérer les éventuelles conséquences politiques du scrutin.
La CDU sort déjà d’un revers électoral majeur. Il y a deux semaines, l’AfD lui a infligé une lourde défaite en Saxe-Anhalt, alimentant les interrogations sur la solidité du soutien dont dispose Merz au sein de son propre camp.
Cette nouvelle séquence intervient alors que la popularité du chancelier s’est fortement dégradée et que son gouvernement peine à faire avancer les réformes économiques et sociales promises avec son partenaire de coalition, le SPD.
Les sondages disponibles avant le scrutin donnent l’AfD en progression, même si une prise de pouvoir du parti dans l’un ou l’autre des deux Länder apparaît exclue par les rapports de force annoncés. En Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, la bataille se joue principalement entre le SPD de la ministre-présidente Manuela Schwesig et l’AfD.
Dans ce Land du nord-est, la CDU se retrouve dans une position particulièrement délicate. Selon un sondage de la chaîne publique ZDF cité par l’AFP, l’AfD recueillait 36 % des intentions de vote, contre 37 % pour le SPD. La CDU était créditée de seulement 6 %, soit une marge réduite par rapport au seuil de 5 % nécessaire pour conserver une représentation au parlement régional.
Une sortie de la CDU du parlement régional constituerait un précédent historique et renforcerait la pression exercée sur Merz.
À Berlin, la CDU, qui dirige le gouvernement régional, est confrontée à une autre bataille. Elle fait face à Die Linke, qui concentre sa campagne sur la crise du logement et bénéficie notamment d’un soutien important auprès des jeunes électeurs.
Un recul de la CDU dans la capitale constituerait un nouveau revers politique pour le camp de Merz, déjà fragilisé par les résultats enregistrés récemment dans d’autres régions.
Lorsqu’il est devenu chancelier en mai 2025, Merz avait fixé plusieurs priorités : relancer une économie allemande en difficulté, renforcer les capacités militaires du pays face à la Russie et réduire l’immigration irrégulière afin de répondre aux préoccupations d’une partie de l’électorat.
Mais la progression de l’AfD complique cette stratégie. Le parti est désormais en tête de plusieurs sondages nationaux, tandis que la popularité personnelle du chancelier a fortement reculé.
Le sondeur Roland Abold, de l’institut Infratest Dimap, décrit une situation particulièrement difficile pour Merz.
Selon le dernier sondage de septembre cité par l’AFP, seulement 13 % des personnes interrogées se déclaraient satisfaites de son action politique. D’après Abold, il s’agit du niveau le plus faible enregistré par l’institut pour un chancelier allemand en exercice.
Cette dégradation intervient dans un contexte économique et international particulièrement lourd pour l’Allemagne.
La guerre en Ukraine et les conflits au Moyen-Orient ont contribué à alimenter la hausse des prix de l’énergie et la pression sur le coût de la vie. Dans le même temps, les inquiétudes liées à la Russie ont accéléré les investissements allemands dans la défense.
L’évolution des relations économiques avec la Chine ajoute une autre difficulté. Longtemps considérée comme un marché essentiel pour l’industrie allemande, la Chine s’impose désormais comme un concurrent de plus en plus puissant dans plusieurs secteurs industriels.
Pour l’économiste en chef de Berenberg, Holger Schmieding, cette accumulation de facteurs internationaux complique la situation politique du chancelier. Il estime que la hausse récente des prix de l’énergie et les interrogations sur l’avenir politique de Merz renforcent encore les difficultés auxquelles son gouvernement est confronté.
Le scrutin régional intervient ainsi dans un condition où la CDU cherche à préserver ses positions, tandis que l’AfD poursuit sa progression dans le paysage politique allemand. Les résultats de Berlin et du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale fourniront surtout une nouvelle mesure du rapport de forces entre les principaux partis et de la pression exercée sur le gouvernement fédéral.
