La France pousse pour rouvrir le détroit d’Ormuz, mais reste suspendue au dialogue Washington-Téhéran

La France pousse pour rouvrir le détroit d’Ormuz, mais reste suspendue au dialogue Washington-Téhéran

Alors que les tensions autour du détroit continuent de peser sur le trafic maritime et les marchés pétroliers, Paris tente de faire avancer une initiative au Conseil de sécurité de l’ONU. Emmanuel Macron veut réunir les partenaires autour d’un mécanisme garantissant la liberté de navigation, mais la réussite du projet reste étroitement liée à une éventuelle reprise des négociations entre les États-Unis et l’Iran.

La France veut relancer les discussions internationales sur la réouverture du détroit d’Ormuz. À New York, Emmanuel Macron a évoqué, après son entretien avec Donald Trump lundi 21 septembre, sa volonté de trouver des solutions permettant de rétablir progressivement la circulation des porte-conteneurs et des pétroliers dans ce passage stratégique.

Le président français a fait état de discussions « très constructives » avec son homologue américain et de « plusieurs solutions » susceptibles de permettre une reprise du trafic, même en l’absence d’un accord global entre Washington et Téhéran. Paris cherche désormais à transformer cette volonté politique en initiative diplomatique au Conseil de sécurité des Nations unies.

Une source diplomatique française a indiqué que Paris souhaitait travailler avec les États-Unis et plusieurs partenaires à une résolution garantissant la liberté de navigation dans le détroit. La démarche s’inscrit dans la continuité des déclarations françaises au Conseil de sécurité, où Paris avait déjà affiché sa volonté de participer à une action collective destinée à assurer la sécurité maritime.

L’une des pistes évoquées consiste à mettre en place une force maritime internationale chargée de contribuer à la sécurité de la navigation dans la zone. Cette idée avait déjà été avancée par la France et le Royaume-Uni en mai, notamment autour du déminage et de la protection du détroit.

L’initiative française ne se limite toutefois pas à Ormuz. Paris se dit également prêt à contribuer, dans un cadre strictement défensif, à la protection de certaines infrastructures énergétiques saoudiennes exposées aux actions des Houthis depuis le Yémen.

L’objectif serait notamment de sécuriser les installations de Yanbu, où se trouvent des infrastructures du groupe Aramco, ainsi que l’oléoduc Est-Ouest, une voie essentielle pour les exportations saoudiennes. Une extension des perturbations vers la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb ferait peser une pression supplémentaire sur les routes maritimes et les marchés énergétiques.

Derrière la question de la réouverture d’Ormuz se joue également celle du maintien du principe de liberté de navigation. Le risque d’instauration d’un système de péage pour les navires traversant le détroit constitue l’une des préoccupations mises en avant par les promoteurs de l’initiative.

L’enjeu est également économique. Toute perturbation durable du trafic dans ce passage stratégique, par lequel transite une part considérable des exportations mondiales d’hydrocarbures, contribue à maintenir une forte pression sur les cours du pétrole.

Depuis plusieurs semaines, les tensions autour d’Ormuz ont ainsi alimenté la volatilité du marché pétrolier. Pour Paris, rétablir la circulation maritime permettrait donc de réduire une source majeure de pression sur les approvisionnements énergétiques internationaux.

Mais l’initiative française se heurte à une difficulté centrale : l’avenir du détroit reste directement lié au conflit entre Washington et Téhéran. Une résolution internationale pourrait encadrer la sécurisation de la navigation, mais elle ne pourrait à elle seule régler les divergences fondamentales entre les deux pays.

Le succès de la démarche française dépendra ainsi de la capacité des États-Unis et de l’Iran à accepter un compromis. Washington devrait notamment clarifier sa position sur le dossier nucléaire, tandis que Téhéran devrait renoncer à toute volonté d’instaurer un péage ou un mécanisme de contrôle financier du passage maritime.

À cela s’ajoute la nécessité d’obtenir l’adhésion des autres membres permanents du Conseil de sécurité, notamment la Chine, afin d’éviter un blocage au moment du vote.

Le contexte diplomatique laisse toutefois subsister une ouverture. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a affirmé que Washington restait disposé à une rencontre avec les responsables iraniens, même si aucune réunion n’était alors programmée.

Donald Trump a pour sa part maintenu une ligne particulièrement ferme sur le dossier nucléaire iranien tout en affirmant privilégier la possibilité d’un accord. Cette position laisse ouverte la perspective d’une reprise des discussions, mais sans garantie sur leur calendrier ni sur leur issue.

Pour Paris, le calcul diplomatique est donc étroit : faire avancer une initiative internationale sur la liberté de navigation sans transformer la question d’Ormuz en nouveau front du conflit américano-iranien.

La France veut ainsi utiliser le Conseil de sécurité pour tenter de créer un cadre international autour de la réouverture du détroit. Mais tant que Washington et Téhéran ne se rapprocheront pas, la marge de manœuvre de Paris restera limitée. À Ormuz, la bataille diplomatique se joue donc autant à New York que dans le dialogue, encore incertain, entre les États-Unis et l’Iran.

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