Brésil : Flavio Bolsonaro aurait fui aux États-Unis après l’annulation de ses passeports

Brésil : Flavio Bolsonaro aurait fui aux États-Unis après l’annulation de ses passeports

Le sénateur conservateur Flavio Bolsonaro aurait quitté le Brésil pour les États-Unis, où l’administration de Donald Trump a annoncé son intention de lui délivrer un visa ainsi qu’à sa famille, selon des informations rapportées mardi soir par plusieurs médias américains. Cette possible fuite intervient quelques jours après sa défaite au second tour de l’élection présidentielle face au président sortant Luiz Inácio Lula da Silva et au lendemain de l’annulation de ses passeports par les autorités brésiliennes. Visé par plusieurs enquêtes judiciaires, le fils de l’ancien président Jair Bolsonaro se retrouve désormais au centre d’une controverse mêlant bataille politique, procédures judiciaires et tensions entre Brasília et Washington.

Selon le Washington Post et CNN, qui citent chacun une source anonyme proche du dossier, Flavio Bolsonaro est arrivé sur le territoire américain mardi soir. Les deux médias n’ont toutefois pas précisé le lieu de son arrivée. Ces informations interviennent alors que les autorités brésiliennes avaient signalé l’annulation de ses documents de voyage, après qu’il n’a pas respecté l’injonction judiciaire lui imposant de les remettre aux autorités.

Plus tôt dans la journée, un responsable du département d’État américain avait annoncé, sous couvert d’anonymat, que Washington délivrerait des visas à Flavio Bolsonaro et aux membres de sa famille, leur permettant ainsi d’entrer aux États-Unis. Cette annonce donne une nouvelle dimension à une affaire qui dépasse désormais le cadre de la politique intérieure brésilienne, en raison des liens entretenus par la famille Bolsonaro avec l’administration de Donald Trump.

Lundi, le sénateur avait pourtant assuré qu’il n’avait jamais envisagé de quitter son pays. Il avait également promis de remettre ses passeports aux autorités et de contester ce qu’il qualifiait d’« aberration ». Selon une source policière citée par l’AFP, il ne s’est finalement pas conformé à cette obligation. Ses documents, dont son passeport diplomatique lié à son statut de parlementaire, ont été annulés mardi.

Un élément pourrait néanmoins compliquer les conséquences de cette décision : Flavio Bolsonaro possède également la nationalité italienne depuis 2023, selon un document du Parlement italien consulté par l’AFP. Cette autre nationalité constitue un élément important dans le dossier, alors que les circonstances exactes de son départ présumé et les conditions de son entrée aux États-Unis restent à préciser.

La nouvelle a provoqué des réactions au sommet de l’État brésilien. Luiz Inácio Lula da Silva a jugé « honteux » que son adversaire ait quitté le pays pour les États-Unis, tout en précisant ne pas disposer d’informations précises sur ses déplacements. Le président réélu s’est exprimé à Brasília lors de la célébration de son 81e anniversaire.

« Le Brésil, c’est sa seconde patrie. La première, c’est de lécher les bottes des États-Unis », a-t-il lancé, dans une attaque directe contre le sénateur et ses relations avec Washington. Cette déclaration traduit la dimension politique prise par l’affaire, alors que la famille Bolsonaro entretient des liens étroits avec les milieux conservateurs américains et que Donald Trump a publiquement contesté la régularité du scrutin brésilien.

Le président américain avait dénoncé lundi, sans apporter de preuves, une élection qu’il a qualifiée de « truquée ». Dans le même temps, les messages de félicitations adressés à Lula après sa réélection se multipliaient, y compris de la part de dirigeants latino-américains de droite. L’annonce de la délivrance de visas à Flavio Bolsonaro et à sa famille intervient donc dans un contexte diplomatique sensible, marqué par des divergences politiques entre les deux administrations.

Âgé de 45 ans, Flavio Bolsonaro n’a toujours pas reconnu publiquement sa défaite face à Lula, réélu avec 52 % des voix au second tour, selon les chiffres rapportés par l’AFP. Le sénateur, qui avait terminé en tête du premier tour et abordait le scrutin avec de fortes ambitions, a été battu à la surprise générale. Au soir du résultat, il avait annoncé son intention de demander l’annulation de l’élection, invoquant de supposées irrégularités.

Durant la campagne, il avait également promis que l’une de ses premières décisions, en cas de victoire, serait de gracier son père, Jair Bolsonaro. L’ancien chef de l’État, qui a dirigé le Brésil de 2019 à 2022, purge actuellement à son domicile une peine de 27 ans de prison pour avoir cherché à se maintenir au pouvoir après sa défaite électorale de 2022 face à Lula.

Au-delà de la défaite présidentielle, Flavio Bolsonaro est confronté à plusieurs procédures judiciaires. L’une d’elles porte sur des soupçons de corruption et de blanchiment d’argent dans le financement d’un film consacré à son père. Le sénateur nie toute irrégularité et les accusations doivent être distinguées des faits établis par une décision de justice.

Mardi, un juge de la Cour suprême a également ordonné l’ouverture d’une enquête sur un éventuel financement étranger de la campagne bolsonariste. Le magistrat a évoqué plusieurs pistes possibles d’ingérence, notamment des manipulations sur les réseaux sociaux impliquant Meta, la société mère de Facebook, Instagram et WhatsApp.

L’annonce du départ présumé du sénateur a également surpris plusieurs membres de son entourage politique. Rogério Marinho, sénateur et coordinateur de sa campagne, a déclaré que ses proches avaient été pris de court par les informations diffusées dans les médias américains.
« Nous avons été surpris et nous ne savons toujours pas où il se trouve », a-t-il indiqué. Il a néanmoins ajouté qu’il comprendrait que Flavio Bolsonaro quitte le Brésil avec sa famille, compte tenu des enquêtes dont il fait l’objet.

Son frère Eduardo Bolsonaro est déjà installé aux États-Unis, où il entretient des contacts avec l’administration de Donald Trump. La semaine dernière, il avait déclaré lors d’un podcast américain qu’il était favorable au départ de Flavio du Brésil en cas de défaite électorale, en raison des procédures judiciaires le visant.

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