La signature des conventions BEA–FGAR: un levier financier pour les PME, mais encore loin d’un véritable décollage économique
La signature de deux conventions entre la Banque Extérieure d’Algérie (BEA) et le Fonds de Garantie des Crédits aux PME (FGAR), intervenue les 27 et 28 janvier 2026 selon les sources, constitue une initiative concrète visant à améliorer l’accès au financement pour les petites et moyennes entreprises en Algérie. Ces accords permettent à la BEA de bénéficier de la garantie du FGAR pour l’octroi de crédits d’exploitation, qu’ils soient classiques ou conformes à la finance islamique, marquant ainsi une évolution notable du dispositif public de soutien aux entreprises.
Cette mesure s’inscrit dans une dynamique plus large amorcée en 2026, à la suite des dispositions de la loi de finances 2025, qui a élargi le champ d’intervention du FGAR — créé en 2004 — aux crédits d’exploitation, auparavant réservés exclusivement au financement de l’investissement. L’objectif affiché est clair : soulager la contrainte de trésorerie des PME, faciliter leur accès au crédit bancaire à court et moyen terme, et encourager les banques à prendre davantage de risques sur un segment longtemps considéré comme fragile. Dans cette perspective, le FGAR ambitionne de conclure des conventions similaires avec une quinzaine de banques publiques et privées.
Concrètement, le mécanisme prévoit une couverture pouvant atteindre 70 % du montant du crédit, dans la limite d’un plafond de garantie fixé à 35 millions de dinars pour un crédit maximal de 50 millions de dinars. Ce dispositif réduit mécaniquement le risque supporté par les banques et les incite à financer des entreprises souvent dépourvues de garanties réelles solides. Il vise également à soutenir la trésorerie des PME, en leur permettant de couvrir des besoins essentiels tels que l’achat de matières premières, le paiement des salaires ou la constitution de stocks. La dimension islamique des conventions élargit par ailleurs l’offre financière pour une clientèle croissante, tout en s’inscrivant dans le discours officiel de diversification économique et de réduction de la dépendance aux hydrocarbures.
Cependant, derrière cette avancée institutionnelle, les limites structurelles du financement des PME en Algérie demeurent largement intactes. L’accès au crédit reste difficile pour une grande partie des entreprises, en raison de bilans fragiles, de projets insuffisamment formalisés ou d’une culture bancaire encore faible. Même avec la garantie du FGAR, les banques continuent d’adopter une posture prudente, voire restrictive, face au risque. À cela s’ajoute une bureaucratie lourde, marquée par des procédures complexes et des délais longs, qui découragent de nombreux entrepreneurs.
Le plafond de 50 millions de dinars apparaît en outre relativement modeste pour des PME engagées dans des trajectoires de croissance plus ambitieuses. Il convient aux très petites structures, mais se révèle insuffisant pour soutenir des projets industriels ou innovants nécessitant des montants plus élevés. Par ailleurs, la domination persistante des banques publiques dans l’allocation du crédit, souvent orientée vers les grandes entreprises étatiques ou les projets stratégiques, limite de facto l’accès réel des PME privées au financement.
Si le FGAR est perçu comme un outil utile, son impact demeure encadré et partiel. Le risque de « moral hazard » n’est pas négligeable, des garanties publiques peuvent inciter certaines banques à financer des projets peu viables, en transférant une partie du risque vers l’État. De plus, l’absence de données transparentes sur les taux de défaut, l’efficacité réelle des crédits garantis ou leur impact sur l’emploi et la croissance rend difficile toute évaluation rigoureuse du dispositif.
Enfin, le modèle reste largement centré sur le crédit bancaire, sans véritable développement de financements alternatifs. Les PME algériennes souffrent toujours d’un déficit chronique en fonds propres, en capital-risque et en instruments de financement innovants, indispensables pour accompagner l’innovation et le passage à l’échelle. Or, le FGAR ne couvre pas ces besoins structurels.
