Tunisie : la tempête Harry fait un deuxième mort en mer, deux pêcheurs toujours disparus
Mardi 27 janvier, en fin d’après-midi, la Méditerranée a rendu un deuxième corps au large des îles Kuriat, entre Kuriat El Kebira et Kuriat Essaghira. Il s’agit de l’un des quatre pêcheurs disparus depuis le naufrage survenu une semaine plus tôt, dans le sillage de la tempête dévastatrice surnommée Harry.
Cinq marins de Téboulba, petite cité côtière du gouvernorat de Monastir, avaient pris la mer comme à leur habitude, cap sur les eaux poissonneuses des Kuriat. Mais la mer, déjà agitée, a basculé dans la fureur : rafales de 80 à 90 km/h, creux de 3 à 4 mètres. En quelques instants, une lame gigantesque a retourné leur embarcation.
Un seul pêcheur a survécu. Porté par un mélange de chance et de désespoir, il a nagé jusqu’aux rochers escarpés de Kuriat El Kebira, où il a été secouru, hypothermique mais vivant. Ses quatre compagnons ont été engloutis par les flots déchaînés.
Dès les premières heures, une mobilisation exceptionnelle s’est déployée : Garde nationale maritime, marine, armée de l’air, plongeurs de la Protection civile, et surtout les pêcheurs de Téboulba et des ports voisins, unis dans la douleur. Hélicoptères survolant les eaux troubles, zodiacs défiant les vagues, plongées sous-marines : rien n’a été épargné pour tenter de ramener les disparus.
Le premier corps avait été retrouvé il y a quelques jours, offrant une fin douloureuse mais concrète à une famille. Ce deuxième corps, repêché mardi vers 17 heures, a été rapidement identifié et inhumé dans l’urgence, sous un ciel encore chargé. Deux marins restent toujours portés disparus, et chaque marée qui passe sans nouvelles creuse un peu plus le vide sur les quais de Téboulba.
« Nos hommes défient la mer depuis des générations, mais cette fois elle a été sans pitié », confie Mohamed Dghim, responsable de l’Union régionale des pêcheurs et agriculteurs de Monastir. « Les recherches se poursuivent sans relâche, jour et nuit. Nous ne pouvons pas les abandonner. »
Au-delà de ce drame maritime, la Tunisie ploie encore sous les assauts de la tempête Harry. L’Institut national de la météorologie maintient plusieurs gouvernorats en alerte orange – Jendouba, Béja, Bizerte, Nabeul – avec des rafales attendues jusqu’à 100 km/h, pluies intenses et risques de tempêtes de sable dans le sud. Les inondations paralysent routes et transports, et le bilan national s’alourdit, avec au moins sept morts confirmés à terre, sans compter les victimes en mer.
À Téboulba, les barques restent amarrées, les filets pliés. Les familles veillent sur les quais battus par le vent, scrutant l’horizon. La mer, nourrice et gagne-pain ancestral, est devenue un tombeau pour au moins deux de leurs fils – et peut-être pour deux autres. En ce 28 janvier 2026, alors que la nuit enveloppe le Sahel tunisien, les projecteurs des bateaux de recherche percent encore l’obscurité. Entre deuil, solidarité et résilience, Téboulba continue d’espérer que la Méditerranée daigne restituer ce qu’elle retient encore.
