Des centaines de Pakistanais bloqués en Afghanistan : l’hiver interminable à la frontière fermée
Au 5 janvier 2026, la frontière terrestre entre le Pakistan et l’Afghanistan reste obstinément fermée, et aucune date de réouverture n’a été annoncée par Islamabad ou Kaboul. Les commerçants des deux pays, réunis dans des discussions récentes, ont tenté de former un comité conjoint pour plaider en faveur de la reprise du trafic, mais leurs efforts se heurtent à l’intransigeance des autorités et à des tensions politiques persistantes. Pendant ce temps, des centaines de Pakistanais coincés en Afghanistan lancent un cri désespéré : « Ouvrez la route ! » – un appel que les gouvernements semblent ignorer, sacrifiant des vies humaines au nom de calculs géopolitiques.
Depuis près de trois mois, cette fermeture découle des affrontements armés survenus en octobre 2025, qui ont coûté la vie à plus de 70 personnes. Islamabad accuse Kaboul d’abriter des groupes militants responsables d’attaques sur son territoire, accusations formellement rejetées par les autorités talibanes. Résultat : étudiants, commerçants et familles se retrouvent piégés dans un vide humanitaire, victimes collatérales de querelles politiques et de suspicions mutuelles.
Parmi eux, de jeunes étudiants en médecine comme Shah Faisal, 25 ans, voient leurs rêves d’éducation et de retrouvailles familiales brisés : « Nos parents et nos proches nous manquent terriblement », confie-t-il. À Jalalabad, dans la province de Nangarhar, entre 500 et 600 étudiants pakistanais restent bloqués, incapables de regagner leur foyer, tandis que des centaines d’Afghans font face à la même impasse au Pakistan.
Les alternatives sont inaccessibles pour la plupart : les vols aériens flambent à des tarifs exorbitants et les routes clandestines sont dangereuses. Le ministère pakistanais des Affaires étrangères reconnaît que près de 1 200 personnes, dont 549 étudiants, ont sollicité l’aide de l’ambassade à Kaboul, mais seuls un peu plus de 300 ont pu rentrer fin décembre 2025.
La crise touche également les commerçants et chauffeurs routiers, dont les moyens de subsistance sont suspendus à cette frontière. Ehsanullah Himmat, 21 ans, reste bloqué à Kandahar avec sa famille : « Nous ne pouvons pas rester éternellement chez des proches dans le froid hivernal. » À Spin Boldak, Khan Mohammad, chauffeur de 39 ans, dénonce : « Cela fait deux mois et demi que je n’ai pas chargé un seul kilo de marchandises. Nos familles dépendent de ce point de passage. »
La ligne Durand, frontière coloniale longue de plus de 2 600 km, sépare des communautés pachtounes qui partagent pourtant des liens culturels, économiques et familiaux profonds. Si sa fermeture a permis au Pakistan de constater une baisse temporaire des attaques terroristes, elle révèle aussi l’impitoyable coût humain et économique de la rigidité politique.
Cette situation illustre cruellement l’incapacité des deux États à protéger leurs citoyens et à résoudre des différends diplomatiques de manière responsable. Trois mois après le conflit, des vies sont suspendues, des études interrompues, et des familles déchirées. Le dilemme humanitaire est clair : jusqu’à quand Islamabad et Kaboul continueront-ils de jouer avec le destin de centaines de Pakistanais et d’Afghans pour des motifs politiques et sécuritaires ? La réouverture de la frontière ne devrait plus être un choix, mais une urgence humanitaire.
