Tensions au Yémen : les forces pro-saoudiennes reprennent Hadramout, révélant les fractures du Sud et la rivalité Riyad-Abou Dhabi
Le 3 janvier 2026, le Conseil présidentiel yéménite, dirigé par Rachad al-Alimi, a annoncé la reprise de la province stratégique d’Hadramout par les forces gouvernementales, appuyées par l’Arabie saoudite. Cette province, riche en pétrole et en ressources naturelles, et directement frontalière du royaume saoudien, représente bien plus qu’un enjeu économique : elle est au cœur des ambitions régionales et des jeux d’influence qui déchirent le Yémen depuis des années.
L’opération militaire, déclenchée le 2 janvier et soutenue par des frappes aériennes saoudiennes massives, a permis de déloger les séparatistes du Conseil de transition du Sud (STC), alliés des Émirats arabes unis (EAU), qui avaient pris le contrôle de la région en décembre 2025. La capitale provinciale, Al-Mukalla, port essentiel sur la mer d’Arabie, a été sécurisée sans affrontement majeur, signe que les séparatistes avaient anticipé leur retraite stratégique. Dans d’autres zones comme Seyoun, des combats sporadiques ont été signalés, mais l’avance des forces pro-saoudiennes a été fulgurante, révélant un déséquilibre militaire flagrant et une préparation logistique minutieuse.
Les bilans sont lourds : au moins 20 combattants séparatistes tués lors des raids aériens du 2 janvier, et jusqu’à 80 morts selon certaines sources gouvernementales. Mais au-delà des chiffres, ces affrontements illustrent la brutalité d’un conflit qui semble perpétuellement décaler ses lignes, au gré des alliances changeantes et des intérêts extérieurs. La province voisine de Mahra a également vu ses unités militaires rallier le gouvernement central, confirmant la stratégie de Riyad de rétablir un contrôle direct sur les régions pétrolières et stratégiques du Sud.
Cette offensive souligne un paradoxe frappant : alors que l’Arabie saoudite prétend œuvrer pour l’unité et la stabilité du Yémen, elle intervient militairement pour imposer son influence, creusant une fracture déjà profonde entre les différentes factions sudistes. Le STC, bien que désormais affaibli sur le terrain, n’a pas rejeté l’invitation de Riyad à un dialogue à la capitale saoudienne. Cette main tendue peut sembler humanitaire et diplomatique, mais elle sert surtout à légitimer l’intervention de Riyad, à consolider son rôle d’arbitre incontournable et à limiter l’influence régionale d’Abou Dhabi, dont les ambitions au Yémen ne sont plus un secret.
Depuis 2022, une trêve avec les Houthis avait laissé entrevoir un fragile équilibre, mais cette offensive démontre combien le Yémen reste une poudrière où les intérêts étrangers dictent la politique intérieure. Les tensions entre Riyad et Abou Dhabi, jadis alliés dans la coalition, éclatent au grand jour : chacune des interventions militaires dans le Sud sert de levier dans un bras de fer discret mais impitoyable pour le contrôle des ressources pétrolières et des corridors stratégiques.
Le Yéme, continue de payer le prix fort de ces rivalités : des centaines de milliers de morts, une infrastructure détruite, une économie exsangue et l’une des pires crises humanitaires mondiales. Derrière le discours officiel sur le dialogue et la paix, ce sont les calculs géopolitiques qui dictent les opérations, et les civils restent pris en étau.
La communauté internationale, bien qu’alertée, semble impuissante face à la complexité de ce conflit : préserver l’unité nationale et éviter une escalade relève d’une équation impossible tant que les ambitions étrangères, les enjeux pétroliers et les rivalités locales continueront de dicter le destin du Yémen.
