Duterte face à la justice internationale : la CPI ouvre des audiences pour crimes contre l’humanité

Duterte face à la justice internationale : la CPI ouvre des audiences pour crimes contre l’humanité

Lundi 23 février 2026 – la Cour pénale internationale (CPI), basée à La Haye, a entamé les audiences préliminaires visant l’ancien président philippin Rodrigo Duterte, poursuivi pour crimes contre l’humanité dans le cadre de la violente campagne antidrogue menée durant son mandat.

Accusé de trois chefs d’inculpation, l’ex-dirigeant est soupçonné d’avoir orchestré – ou à tout le moins cautionné – une politique de répression systématique ayant conduit à des milliers d’exécutions extrajudiciaires. Une stratégie sécuritaire implacable, amorcée lorsqu’il était maire de Davao et intensifiée après son accession à la présidence en 2016, qui a profondément marqué la société philippine par son bilan humain vertigineux.

Ces audiences ne constituent pas encore un procès, mais une phase décisive durant laquelle le Bureau du Procureur expose les éléments à charge. À l’issue de cette étape, les juges disposeront de 60 jours pour déterminer si les preuves réunies justifient la tenue d’un procès. Une confirmation des charges ouvrirait alors la voie à l’un des dossiers les plus sensibles jamais instruits par la juridiction internationale.

À Manille, les familles de victimes ont accueilli cette avancée avec une émotion mêlée de soulagement et d’appréhension. Certaines attendent depuis près d’une décennie que la mort de leurs proches soit reconnue autrement que comme une statistique. Entre les chiffres officiels – plus de 6 000 morts recensés par la police – et les estimations d’organisations indépendantes évoquant jusqu’à 30 000 victimes, l’ampleur de la tragédie reste l’objet d’un profond clivage.

Absent de l’audience, Rodrigo Duterte a choisi de renoncer à son droit de comparaître, invoquant son âge avancé et son état de santé. L’ancien président a dénoncé des accusations qu’il qualifie de « mensonge éhonté », tandis que ses partisans contestent la légitimité même de la CPI à juger un ressortissant philippin, depuis le retrait du pays du Statut de Rome en 2019.

Cette procédure s’inscrit également dans un contexte politique tendu. L’actuel président Ferdinand Marcos Jr. est accusé par le camp Duterte d’avoir facilité l’arrestation de son prédécesseur. Dans le même temps, sa fille, Sara Duterte, actuelle vice-présidente, a récemment annoncé son intention de briguer la magistrature suprême en 2028, ravivant les inquiétudes des familles quant à un possible retour de la ligne dure au sommet de l’État.

Si Manille s’est officiellement retirée de la Cour en 2019, les juges ont estimé que ce retrait ne saurait empêcher la poursuite d’enquêtes portant sur des faits présumés commis alors que le pays était encore signataire du Statut de Rome.

Au-delà de la personne de Duterte, ces audiences interrogent la portée réelle du droit international face à des politiques étatiques accusées de violations massives des droits humains. Pour les victimes, toutefois, l’enjeu est plus immédiat : obtenir enfin reconnaissance, vérité et justice, après des années d’impunité et de silence.

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