Malaisie : vers une limitation à deux mandats pour le Premier ministre
KUALA LUMPUR – La Malaisie s’apprête à inscrire une étape majeure dans sa gouvernance en introduisant une loi limitant à deux le nombre de mandats que peut exercer le Premier ministre. Cette initiative vise à renforcer la responsabilité politique et à encadrer les pouvoirs de l’exécutif dans un pays où, jusqu’à présent, aucun plafond n’était imposé à la durée au pouvoir du chef du gouvernement.
Actuellement, un Premier ministre malaisien peut rester en fonction tant qu’il conserve le soutien de la majorité à la Chambre basse du Parlement, la Dewan Rakyat. L’ancien Premier ministre Mahathir Mohamad, figure emblématique de la politique malaisienne, a exercé cette fonction pendant un total de 24 ans, répartis sur deux mandats distincts (1981-2003 et 2018-2020).
En janvier dernier, Anwar Ibrahim, Premier ministre depuis 2023, avait annoncé sa volonté personnelle d’instaurer cette limitation, répondant ainsi aux appels répétés de la société civile et des partis d’opposition pour lutter contre la corruption et améliorer la gouvernance. « Je ne ferai pas de lois pour les autres. La loi doit d’abord s’appliquer à moi », avait-il déclaré, précisant qu’une période de dix ans suffirait pour qu’un dirigeant puisse accomplir ses missions de manière efficace.
Cette réforme s’inscrit dans le programme électoral de la coalition au pouvoir, le Pakatan Harapan (PH), qui s’était engagée en 2022 à limiter le mandat du Premier ministre à deux mandats. Toutefois, la lenteur de la mise en œuvre a suscité certaines critiques dans les médias locaux, certains y voyant une tentative de reconquête de l’électorat urbain à l’approche des élections générales prévues l’an prochain.
Pour devenir effective, la modification constitutionnelle doit obtenir l’appui des deux tiers des parlementaires, soit au moins 148 des 222 députés de la Dewan Rakyat. Si le Parlement adopte la loi, elle constituera un précédent historique pour la Malaisie, marquant un tournant significatif dans la limitation du pouvoir exécutif et la promotion de la démocratie dans le pays.
