Sri Lanka : l’ancien chef des services de renseignement arrêté dans le cadre des attentats de Pâques 2019
Les autorités sri-lankaises ont arrêté mercredi l’ancien chef des services de renseignement, le général de division à la retraite Suresh Sallay, dans le cadre de l’enquête sur les attentats coordonnés du 21 avril 2019, qui avaient fait 279 morts et environ 500 blessés. Parmi les victimes figuraient 45 ressortissants étrangers. Ces attaques, revendiquées par un groupe extrémiste islamiste local, avaient ciblé deux églises catholiques, une église protestante évangélique et trois hôtels de luxe, plongeant le pays dans un traumatisme national durable.
Le général Sallay, considéré comme l’un des plus hauts responsables de la sécurité du pays à l’époque, est désormais le fonctionnaire le plus haut placé à être interpellé depuis le début de l’enquête, qui dure depuis plus de sept ans. Selon les autorités, sa détention vise à clarifier son rôle présumé dans les lacunes de renseignement qui ont permis aux kamikazes de préparer et de mener ces attaques meurtrières.
Le président Anura Kumara Dissanayake a signé un décret autorisant la détention de Sallay pour une période maximale de 90 jours, conformément à la loi sur la prévention du terrorisme (PTA). Cette loi, régulièrement critiquée par des organisations de défense des droits humains, permet de maintenir les suspects en détention prolongée sans inculpation ni contrôle judiciaire et interdit leur libération sous caution. Un porte-parole de la police a précisé : « Le président a signé hier soir le décret de détention pour maintenir Sallay en détention pendant 90 jours, après une période initiale de trois jours. »
L’arrestation a provoqué des réactions contrastées. Les partis d’opposition ont dénoncé ce qu’ils qualifient de « chasse aux sorcières politique », affirmant que Sallay est utilisé comme bouc émissaire dans un contexte de rivalités politiques croissantes. À l’inverse, l’Église catholique du Sri Lanka, qui mène depuis des années une campagne pour que justice soit rendue aux victimes, a salué la décision, appelant à laisser les enquêteurs travailler sans pression politique. L’Église avait précédemment accusé l’ancien président Gotabaya Rajapaksa, ancien officier de l’armée, d’avoir entravé les investigations après son accession au pouvoir, alimentant ainsi un climat de méfiance et de frustration parmi les familles des victimes.
Les attentats de Pâques 2019 avaient non seulement traumatisé la population sri-lankaise, mais avaient également révélé de profondes failles dans le système de renseignement et de sécurité du pays. Deux jours après les attaques, Gotabaya Rajapaksa avait annoncé sa candidature à l’élection présidentielle de novembre 2019, qu’il remportera largement, promettant de renforcer la sécurité nationale et d’éradiquer l’extrémisme islamiste. Depuis, le dossier judiciaire autour de ces attentats a connu de multiples rebondissements, marqués par des enquêtes lentes et des accusations de manipulation politique.
Avec l’arrestation de Sallay, les enquêteurs espèrent obtenir de nouvelles révélations sur la chaîne de responsabilités ayant permis la planification et l’exécution des attentats, et répondre aux nombreuses questions restées sans réponse pour les familles des victimes et la société sri-lankaise. L’issue de cette détention pourrait avoir un impact significatif sur le paysage politique et sécuritaire du pays, en ravivant les débats sur la responsabilité des hauts responsables de l’État dans des tragédies nationales de cette ampleur.
