Canicule historique en Europe : la Hongrie contrainte d’arrêter pour la première fois en 44 ans sa centrale nucléaire

Canicule historique en Europe : la Hongrie contrainte d’arrêter pour la première fois en 44 ans sa centrale nucléaire

La canicule exceptionnelle qui frappe une grande partie de l’Europe provoque un événement sans précédent dans le secteur énergétique hongrois. Pour la première fois depuis sa mise en service il y a quarante-quatre ans, la centrale nucléaire de Paks, unique centrale nucléaire de la Hongrie, est contrainte d’interrompre totalement sa production en raison de la baisse critique du niveau des eaux du Danube, indispensable au refroidissement de ses réacteurs.

Le Premier ministre hongrois Péter Magyar a annoncé dimanche 2 août que l’une des deux dernières unités encore en activité serait arrêtée à 1h30 du matin. « En raison de la nouvelle baisse du niveau des eaux du Danube, l’une des deux dernières unités de production de la centrale nucléaire de Paks sera mise à l’arrêt », a-t-il déclaré sur son compte X. Avec cette décision, la puissance de la centrale chute à seulement 240 mégawatts avant un arrêt complet, une situation jamais observée depuis l’entrée en service de l’installation au début des années 1980.

Située à une centaine de kilomètres au sud de Budapest, la Centrale nucléaire de Paks constitue le pilier du système électrique hongrois. Elle assure environ 40 % de la production annuelle d’électricité du pays et joue un rôle essentiel dans la sécurité énergétique nationale. Ses quatre réacteurs, construits selon une technologie soviétique, utilisent l’eau du Danube pour refroidir leurs installations. Lorsque le débit du fleuve devient insuffisant ou que la température de l’eau dépasse certains seuils de sécurité, les réacteurs doivent réduire leur puissance, voire être arrêtés afin d’éviter tout risque pour les équipements et pour l’environnement.

Vendredi déjà, l’exploitant de la centrale avait averti que la poursuite de la baisse du niveau du Danube pourrait rendre inévitable un arrêt total de l’installation au milieu de la semaine suivante. Mais l’aggravation rapide de la situation hydrologique a contraint les autorités à accélérer le calendrier. Le gouvernement avait d’ailleurs prévenu qu’une fermeture complète pourrait intervenir dès le week-end si les conditions continuaient de se dégrader.

La Hongrie est confrontée depuis plusieurs semaines à une vague de chaleur exceptionnelle, accompagnée d’une sécheresse persistante qui affecte les principaux cours d’eau du pays. Les températures élevées ont entraîné une forte évaporation et une diminution spectaculaire du débit du Danube, mettant sous pression non seulement la production d’électricité, mais aussi le transport fluvial, l’agriculture et les réserves d’eau.

Cette interruption de la centrale de Paks souligne une réalité de plus en plus préoccupante pour l’industrie nucléaire européenne : même si les réacteurs n’émettent que très peu de dioxyde de carbone pendant leur fonctionnement, ils demeurent fortement dépendants de ressources en eau abondantes pour leur refroidissement. Les épisodes de sécheresse et les canicules, qui se multiplient sous l’effet du changement climatique, réduisent cette disponibilité et compliquent l’exploitation des centrales.

Ces dernières années, plusieurs pays européens, dont la France, la Suisse et l’Espagne, ont déjà dû réduire temporairement la puissance de certaines centrales nucléaires en raison de températures trop élevées des rivières ou d’un débit insuffisant. L’arrêt inédit de Paks constitue toutefois un signal particulièrement fort : jamais auparavant la Hongrie n’avait été contrainte de mettre complètement hors service son unique centrale nucléaire pour des raisons climatiques.

Cet épisode relance le débat sur l’adaptation des infrastructures énergétiques aux phénomènes météorologiques extrêmes. Alors que la demande d’électricité augmente durant les vagues de chaleur en raison de l’utilisation massive de la climatisation, les capacités de production peuvent, paradoxalement, être limitées par ces mêmes conditions climatiques. Les autorités hongroises devront désormais assurer la stabilité de l’approvisionnement électrique du pays en s’appuyant davantage sur les importations, les centrales thermiques et les autres moyens de production disponibles, en attendant une remontée du niveau du Danube permettant un redémarrage sécurisé des réacteurs.

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