Washington ferme la porte commerciale à deux poids lourds africains : l’Afrique du Sud et le Rwanda

Washington ferme la porte commerciale à deux poids lourds africains : l’Afrique du Sud et le Rwanda

Les États-Unis s’apprêtent à exclure l’Afrique du Sud et le Rwanda de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), un dispositif qui accorde aux pays africains bénéficiaires un accès préférentiel au marché américain. Annoncée lundi 2 novembre par le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, cette décision doit prendre effet le 1er janvier prochain. Elle marque un nouveau durcissement de l’administration de Donald Trump à l’égard de deux pays dont les relations avec Washington se sont considérablement dégradées. Derrière les arguments liés aux critères d’éligibilité, cette décision révèle aussi la place grandissante des rapports de force diplomatiques dans la politique commerciale américaine envers le continent.

Renouvelé en septembre dernier par le Congrès américain, l’AGOA constitue l’un des principaux instruments de coopération économique entre Washington et l’Afrique. Il permet à une trentaine de pays africains, sur une cinquantaine, d’exporter une large gamme de produits vers les États-Unis sans droits de douane. Le dispositif couvre notamment le textile, les produits agricoles et les véhicules automobiles. Pour les économies bénéficiaires, cet accès préférentiel représente un débouché important, mais aussi un avantage concurrentiel sur le marché américain.

Cet avantage est toutefois soumis à des conditions politiques, économiques et institutionnelles définies par Washington. À l’issue de son examen annuel, l’administration Trump estime que Pretoria et Kigali ne satisfont plus aux critères requis. « Le président Trump a estimé que les gouvernements du Rwanda et de l’Afrique du Sud ont pris part à des pratiques qui ne respectent pas les critères d’éligibilité à l’AGOA », a déclaré Jamieson Greer dans un communiqué.

L’Afrique du Sud figure parmi les principaux bénéficiaires de cet accord, mais elle est aussi devenue l’une des cibles privilégiées de la politique africaine de Donald Trump. Les relations entre les deux pays se sont détériorées depuis le retour du président américain à la Maison Blanche. Washington reproche notamment à Pretoria sa politique intérieure et dénonce ce qu’il présente comme une persécution des Afrikaners, descendants des colons blancs européens. L’administration américaine avance également des griefs concernant les restrictions imposées aux échanges commerciaux et aux investissements américains, la corruption ainsi que des menaces présumées contre ses intérêts de sécurité nationale et de politique étrangère.

Pretoria espérait pourtant encore obtenir une issue favorable. Le ministère sud-africain du Commerce avait estimé quelques jours auparavant qu’un maintien dans l’AGOA servirait les intérêts des deux pays. La décision américaine risque désormais de peser sur plusieurs secteurs exportateurs, en particulier l’agriculture. L’industrie des agrumes figure parmi les filières les plus exposées. L’Association des producteurs d’agrumes d’Afrique australe a ainsi dénoncé une mesure susceptible de porter un coup sérieux à l’ensemble de la chaîne de valeur, des producteurs aux opérateurs commerciaux établis de part et d’autre de l’Atlantique. Deuxième producteur mondial derrière l’Espagne, l’Afrique du Sud dépend fortement de ses exportations d’agrumes, qui constituent son principal produit agricole vendu à l’étranger.

Le dossier rwandais obéit à une logique différente, même si les considérations économiques restent présentes. Washington invoque des préoccupations relatives à l’État de droit, au pluralisme politique, aux droits des travailleurs et au respect des droits humains. Le représentant américain au Commerce mentionne également les barrières tarifaires et les obstacles aux investissements. Mais le principal contentieux entre les deux capitales se situe sur le terrain sécuritaire et diplomatique.

Les États-Unis accusent Kigali de continuer à soutenir financièrement et militairement le Mouvement du 23 mars (M23), actif dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Washington reproche aux autorités rwandaises de contribuer à la déstabilisation de leur voisin et de profiter du chaos qui persiste dans cette région riche en ressources naturelles. Kigali conteste ces accusations, tandis que les initiatives diplomatiques américaines visant à mettre fin au conflit peinent à produire une stabilisation durable.

La situation s’est considérablement aggravée au début de 2025, lorsque le M23, qui contrôlait déjà de vastes territoires dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, s’est emparé de Goma et de Bukavu au terme d’une offensive particulièrement meurtrière. Cette progression a accentué les tensions régionales et compliqué les efforts internationaux pour parvenir à un règlement politique d’un conflit qui s’étend sur plusieurs décennies et a provoqué des centaines de milliers de morts.

En décidant de retirer Pretoria et Kigali du dispositif commercial, Washington fait ainsi de l’accès à son marché un instrument supplémentaire de pression. Les deux pays se retrouvent confrontés à une sanction économique dont les justifications diffèrent, mais qui traduit une même volonté américaine de conditionner les avantages commerciaux au respect de ses exigences. Pour l’Afrique du Sud, l’enjeu concerne notamment la préservation de débouchés essentiels pour ses exportations agricoles et industrielles. Pour le Rwanda, la décision s’inscrit dans un bras de fer diplomatique directement lié à la crise congolaise.

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