La Jordanie exige du Front d’action islamique un changement de nom pour supprimer toute référence religieuse

La Jordanie exige du Front d’action islamique un changement de nom pour supprimer toute référence religieuse

La Commission électorale indépendante (CEI) de Jordanie a officiellement notifié au Front d’action islamique, branche politique des Frères musulmans, l’obligation de modifier son nom afin d’éliminer toute connotation religieuse, sectaire ou ethnique. Selon un communiqué publié le 26 février 2026 par le conseil des commissaires de la CEI, cette exigence fait suite à des violations constatées dans les statuts et la dénomination du parti, qui contreviennent à la loi n° 7 de 2022 sur les partis politiques.

Cette loi interdit formellement la création ou le maintien de partis fondés sur des motifs religieux, sectaires, ethniques, de classe, ou impliquant une discrimination fondée sur le sexe ou l’origine. La CEI précise que le nom du parti constitue une partie intégrante de son identité et de ses statuts et doit donc être entièrement neutre sur ces plans. Une première mise en demeure avait déjà été adressée au parti par lettre du greffier en date du 17 février 2026.

Le Front d’action islamique dispose désormais d’un délai de 60 jours à compter de la notification officielle pour corriger ces irrégularités, conformément à l’article 33 de la loi sur les partis. Outre le nom, d’autres manquements ont été relevés, notamment le mode de désignation des instances judiciaires internes (Cour suprême et Cour centrale), qui ne sont pas élues par la Conférence générale, ce qui porte atteinte aux principes de bonne gouvernance et d’indépendance.

Cette décision s’inscrit dans une campagne plus large menée par la CEI depuis juin 2025 : tous les partis ont reçu des directives pour aligner leurs statuts sur les normes de transparence et de gouvernance exigées par la nouvelle législation. Le 18 février 2026, six partis, dont potentiellement le Front d’action islamique, avaient déjà été interpellés pour finaliser ces ajustements.

Principal parti d’opposition du pays et première force à la Chambre des représentants (31 sièges sur 138 obtenus aux élections de septembre 2024), le Front d’action islamique conserve son statut légal malgré l’interdiction des Frères musulmans en Jordanie en avril 2025 (suite à une dissolution prononcée dès 2020 pour irrégularités juridiques).

De son côté, le Conseil de la Choura du parti a entamé dès le 14 février 2026 une session dédiée à l’examen et à l’approbation d’amendements aux statuts, en tenant compte des exigences de la nouvelle loi. Le secrétaire général, l’ingénieur Wael Al-Saqqa, a tenu à souligner l’approche positive et constructive du parti : il se présente comme une formation nationale jordanienne indépendante à vocation islamique, pleinement engagée pour les intérêts de la patrie, du citoyen et de la nation, tout en renforçant la transparence et le principe de consultation au sein de ses institutions.

Cette pression sur le nom et les statuts du parti intervient dans un contexte politique tendu, marqué par l’interdiction des Frères musulmans, les évolutions régionales (notamment le conflit à Gaza) À cela s’ajoute la désignation récente par les États-Unis (janvier 2026) de la branche jordanienne des Frères musulmans comme organisation en raison de son soutien présumé au Hamas via des réseaux financiers et logistiques.

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