Yémen : des ONG exigent la libération immédiate du personnel humanitaire détenu par les Houthis

Yémen : des ONG exigent la libération immédiate du personnel humanitaire détenu par les Houthis

Trois grandes organisations internationales de défense des droits humains appellent les autorités houthies au Yémen à libérer sans délai l’ensemble du personnel humanitaire et onusien détenu depuis plusieurs mois, voire plusieurs années, dans un contexte de détérioration aiguë de la situation humanitaire dans le pays.

Dans une déclaration conjointe, Human Rights Watch, Amnesty International et l’Institut du Caire pour les études des droits de l’homme dénoncent une vague d’arrestations arbitraires ayant visé, depuis mai 2024, des travailleurs de l’ONU, des ONG internationales et de la société civile yéménite. Selon les organisations, ces opérations auraient conduit à la détention d’au moins 13 employés des Nations Unies et d’environ 50 membres d’organisations humanitaires et locales, suivies d’autres arrestations portant le nombre total de détenus à plusieurs dizaines.

Les ONG affirment qu’en février 2026, environ 73 membres du personnel onusien et de nombreux travailleurs humanitaires yéménites demeuraient encore détenus dans les zones contrôlées par les Houthis, tous de nationalité yéménite pour la majorité d’entre eux. Seule une petite partie des personnes arrêtées aurait été libérée.

Les organisations de défense des droits humains estiment que ces arrestations aggravent une situation humanitaire déjà dramatique. Le Yémen reste en effet l’un des pays les plus touchés au monde par l’insécurité alimentaire, avec des millions de personnes dépendant de l’aide internationale pour survivre.

Human Rights Watch souligne que la détention de travailleurs humanitaires intervient à un moment où la faim s’intensifie dans les zones sous contrôle houthi, ce qui constitue, selon l’ONG, un « profond mépris » pour les populations civiles. Les agences humanitaires alertent également sur une détérioration continue de la sécurité alimentaire, avec plusieurs régions risquant d’atteindre des niveaux « catastrophiques » de famine.

Les autorités houthies justifient une partie de ces arrestations par des accusations d’espionnage et de « complot » visant les organisations humanitaires et leurs employés. Des campagnes médiatiques ont accompagné ces détentions, renforçant les tensions avec les acteurs internationaux présents sur le terrain.

Amnesty International rappelle toutefois que des accusations similaires ont été régulièrement utilisées depuis 2015 contre des dissidents pacifiques, des journalistes et des militants. L’organisation dénonce une répression plus large de l’espace civique dans le nord du Yémen, où toute forme de contestation est fortement réprimée.

Les ONG évoquent également de graves violations des droits humains dans les centres de détention houthis : détentions prolongées sans jugement, disparitions forcées, absence d’accès à un avocat et refus de soins médicaux dans certains cas.

Un cas particulièrement préoccupant est celui du décès d’un employé du Programme alimentaire mondial en février 2025 alors qu’il était détenu. Ce décès alimente les inquiétudes concernant les conditions de détention des autres prisonniers, certains étant également victimes de torture ou de mauvais traitements, selon les témoignages recueillis.

Des sources citées par les organisations indiquent par ailleurs que plusieurs détenus auraient été contraints de participer à des « aveux » filmés, diffusés ensuite dans des campagnes de propagande accusant les ONG d’espionnage.

Face à cette situation, les trois organisations appellent les Nations Unies et les États ayant une influence sur les Houthis à intensifier la pression diplomatique pour obtenir la libération immédiate et inconditionnelle de tous les détenus.

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