Soudan : l’aéroport de Khartoum frappé, Khartoum accuse Addis-Abeba et Abou Dhabi d’« agression directe »

Soudan : l’aéroport de Khartoum frappé, Khartoum accuse Addis-Abeba et Abou Dhabi d’« agression directe »

La guerre soudanaise franchit un nouveau seuil de gravité. Lundi, des drones ont visé l’aéroport international de Khartoum, brisant net l’illusion d’un retour progressif à la normale dans une capitale meurtrie par trois années de conflit. Dans une réaction immédiate, les autorités soudanaises ont accusé frontalement Éthiopie et les Émirats arabes unis d’être derrière cette attaque, dénonçant une « agression directe » contre la souveraineté nationale.

Une accusation lourde de conséquences, qui fait basculer davantage encore la guerre civile dans une dimension régionale explosive.

Peu après l’aube, de violentes explosions ont été entendues dans l’est de Khartoum, notamment autour du quartier d’Al-Safa, à proximité immédiate de l’aéroport. Des colonnes de fumée ont rapidement envahi le ciel, ravivant chez les habitants des réflexes de survie à peine apaisés.

Si les autorités ont affirmé qu’aucune victime ni destruction majeure n’étaient à déplorer, l’impact psychologique est considérable. L’aéroport, symbole fragile de la reprise, venait tout juste de rouvrir partiellement ses portes après près de trois ans d’interruption. La reprise des vols internationaux la semaine précédente avait nourri un espoir prudent de normalisation.

Cette frappe vient rappeler, avec brutalité, que la capitale reste une cible et que la guerre n’a jamais réellement quitté le ciel soudanais.

Le porte-parole de l’armée, le général Asim Awad Abdelwahab, a affirmé que les analyses techniques de drones interceptés avaient permis de remonter jusqu’à des infrastructures situées à Bahir Dar, en Éthiopie. Selon lui, ces éléments constituent des « preuves claires » d’une implication éthiopienne, avec un soutien logistique attribué aux Émirats arabes unis.

« Il s’agit d’une agression directe qui ne restera pas sans réponse », a-t-il averti, sans préciser la nature des mesures envisagées.

Ces accusations, bien que difficiles à vérifier de manière indépendante, traduisent une stratégie politique claire : internationaliser le conflit et mettre sous pression les acteurs régionaux soupçonnés de soutenir les Forces de soutien rapide (RSF).

Le conflit soudanais s’est transformé en une guerre technologique asymétrique, où les drones jouent désormais un rôle central. Utilisés massivement, notamment par les RSF, ces engins permettent de frapper des cibles stratégiques sans confrontation directe.

Les villes d’Omdourman, d’El-Obeid et de Kenana ont également été ciblées ces derniers jours. À Omdourman, une frappe contre un bus civil a fait plusieurs victimes, illustrant une fois de plus la porosité entre cibles militaires et civiles.

Cette évolution du conflit renforce son caractère imprévisible et accroît la vulnérabilité des populations, déjà confrontées à une crise humanitaire décrite par l’ONU comme l’une des pires au monde.

Depuis la reprise partielle de Khartoum par l’armée en mars 2025, une timide dynamique de retour s’était amorcée. Administrations, commerçants et organisations humanitaires tentaient de redonner vie à une ville exsangue.

Mais les frappes récentes ont ravivé la peur. Les habitants vivent désormais dans une attente anxieuse, guettant le moindre bruit suspect. La reprise économique, encore fragile, est directement menacée par cette insécurité persistante.

L’aéroport, en particulier, constitue un point névralgique : toute atteinte à son fonctionnement compromet non seulement les échanges commerciaux, mais aussi l’acheminement de l’aide humanitaire.

Au-delà de l’attaque elle-même, c’est la dimension géopolitique qui inquiète le plus. Les soupçons concernant la présence de camps d’entraînement de combattants des RSF en Éthiopie, ainsi que l’utilisation potentielle d’infrastructures aéroportuaires pour des opérations de drones, alimentent la crainte d’un conflit désormais alimenté de l’extérieur.

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