Syrie : l’ancien grand mufti Ahmed Hassoun condamné à la perpétuité pour son rôle sous le régime Assad
Un tribunal pénal de Damas a condamné à la prison à vie Ahmed Hassoun, ancien grand mufti de Syrie, après l’avoir reconnu coupable d’incitation à la guerre civile, de troubles sectaires et de complicité dans des meurtres intentionnels.
Âgé de 77 ans, Ahmed Hassoun a occupé la fonction de grand mufti entre 2005 et 2021, sous la présidence de Bachar al-Assad. Le quatrième tribunal pénal de Damas lui reproche d’avoir mis l’institution religieuse officielle au service du régime, afin de « couvrir » et de justifier ses opérations militaires et sécuritaires durant les treize années de guerre.
Cette condamnation constitue un nouveau volet de la vaste série de procédures engagées par les autorités syriennes de transition contre des responsables politiques, militaires, sécuritaires et religieux associés à l’ancien régime. Elle intervient dans un contexte où la nouvelle justice syrienne cherche à établir les responsabilités individuelles dans les crimes commis pendant les treize années de conflit.
Ahmed Hassoun avait occupé la fonction de grand mufti de Syrie de 2005 à 2021. À ce poste, il était l’une des principales autorités religieuses officielles du pays et bénéficiait d’une grande visibilité dans les médias contrôlés par l’État. Durant la guerre, il avait régulièrement pris la parole pour défendre le pouvoir de Bachar al-Assad et dénoncer les groupes rebelles présentés par le régime comme une menace pour l’unité de la Syrie.
Le quatrième tribunal pénal de Damas lui reproche d’avoir utilisé son influence religieuse et institutionnelle pour soutenir le régime au cours du conflit. Selon les accusations rapportées par l’agence officielle Sana, l’institution du grand mufti aurait contribué à fournir une justification religieuse aux opérations militaires et sécuritaires menées dans les zones contrôlées par les forces gouvernementales.
Les procureurs ont notamment évoqué le soutien apporté à des opérations militaires ayant touché des zones civiles. Ils ont affirmé que le discours de l’ancien grand mufti avait contribué à légitimer la répression et certaines opérations contre les quartiers contrôlés par les rebelles.
L’accusation a également porté sur les déclarations publiques d’Ahmed Hassoun, considérées par le tribunal comme une incitation à la violence. Les procureurs ont cité plusieurs interventions prononcées lors de conférences religieuses, de réunions publiques et d’entretiens accordés aux médias syriens.
L’un des principaux éléments retenus contre lui concerne une interview diffusée en 2015, alors que la bataille d’Alep faisait rage. Ahmed Hassoun y appelait les habitants à quitter les quartiers orientaux de la ville, alors largement contrôlés par les forces rebelles. Il avait notamment déclaré que toute zone d’où était tiré un obus devait être « complètement détruite ».
Pour le tribunal, ces propos ne relevaient pas simplement d’un discours politique ou religieux prononcé dans un contexte de guerre, mais participaient à une logique d’incitation à la violence contre des populations vivant dans les zones disputées.
L’un des aspects les plus graves évoqués durant le procès concerne également les bombardements menés par les forces du régime contre les zones rebelles.
Le bureau du grand mufti aurait apporté une caution religieuse à certaines opérations militaires, notamment à l’utilisation de barils d’explosifs contre des secteurs civils. Ces armes rudimentaires, larguées depuis des hélicoptères, ont été largement utilisées par les forces gouvernementales durant le conflit et sont devenues l’un des symboles de la violence exercée contre les zones contrôlées par l’opposition.
Les accusations portées contre Ahmed Hassoun ne signifient toutefois pas qu’il ait personnellement participé à chaque opération militaire. Elles portent avant tout sur son rôle politique, religieux et médiatique et sur la manière dont son statut aurait contribué à légitimer l’action du régime.
Cette distinction est importante alors que les nouvelles autorités syriennes tentent de déterminer les responsabilités de chacun dans un conflit qui a impliqué une multitude d’acteurs et au cours duquel les violences ont été commises à grande échelle.
Ahmed Hassoun a rejeté les accusations formulées contre lui. Au cours du procès, il a notamment affirmé que certaines séquences vidéo utilisées comme éléments à charge avaient été sorties de leur contexte.
L’ancien mufti a soutenu qu’il avait, au contraire, tenté à plusieurs reprises d’intervenir pour protéger des civils et obtenir la libération de personnes détenues par les services de sécurité. Selon sa défense, certaines de ses déclarations avaient été prononcées dans le but d’empêcher une aggravation des violences plutôt que de les encourager.
Le tribunal n’a cependant pas retenu cette interprétation. Il a considéré que l’ensemble de ses prises de position publiques devait être replacé dans le contexte de son statut officiel et de sa proximité avec les institutions du régime.
Les juges lui reprochent également d’avoir reçu de l’argent et des cadeaux en échange de son intervention en faveur de la libération de certains détenus. Sana l’accuse par ailleurs d’avoir apporté un soutien financier régulier à Liwa al-Quds, une milice palestinienne alliée au régime syrien.
La peine principale prononcée contre Ahmed Hassoun est la réclusion à perpétuité pour incitation à la guerre civile et aux troubles sectaires.
Le tribunal lui a également infligé vingt années supplémentaires de prison pour incitation au meurtre, dix ans pour participation active à un meurtre et trois ans pour abus de pouvoir.
La décision illustre la volonté des nouvelles autorités de poursuivre non seulement les responsables directement impliqués dans les opérations militaires, mais également ceux qui auraient contribué, par leur fonction ou leur influence, à soutenir l’ancien système.
