Washington s’apprête-t-il à livrer les F110 à la Turquie ? Le feu vert qui divise

Washington s’apprête-t-il à livrer les F110 à la Turquie ? Le feu vert qui divise

À quelques jours du sommet de l’OTAN à Ankara, Washington semble sur le point d’autoriser la vente de dizaines de moteurs F110 à la Turquie, une décision qui pourrait débloquer le programme KAAN tout en ravivant les tensions politiques entre alliés.

Le Département d’État américain a officiellement notifié au Congrès son intention d’autoriser l’exportation de moteurs General Electric F110-GE-129 vers la Turquie, dans le cadre d’un contrat estimé à plus de 700 millions de dollars. Cette notification place désormais le dossier entre les mains des législateurs américains, qui disposent de quinze jours pour s’opposer à la vente par une résolution conjointe — une procédure que le président Donald Trump pourrait contrer par un veto.

Pour Ankara, l’enjeu est crucial : sans ces moteurs, le développement du chasseur furtif de cinquième génération KAAN, fleuron de l’industrie aéronautique turque, risque d’être sérieusement ralenti. Mais pour une partie du Congrès américain, cette autorisation représente une capitulation dangereuse face à un allié jugé de plus en plus imprévisible.

Le principal obstacle demeure l’achat, en 2017, par la Turquie du système russe de défense antimissile S-400, une décision qui avait conduit Washington à exclure Ankara du programme F-35 en 2019 et à lui imposer des sanctions CAATSA. Bien que l’administration Trump semble prête à contourner部分 de ces blocages, plusieurs parlementaires américains, soutenus par les diasporas grecque et arménienne, continuent de s’opposer fermement à tout assouplissement des restrictions.

Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a récemment reconnu que ces obstacles étaient « essentiellement politiques », soulignant que la levée des sanctions CAATSA restait une condition sine qua non pour une coopération industrielle complète.

L’exclusion du programme F-35 a profondément modifié la stratégie militaire turque, renforçant la volonté d’Ankara de développer ses propres systèmes d’armement. Le KAAN, développé par Turkish Aerospace Industries (TAI), représente le projet militaire le plus ambitieux jamais lancé par la Turquie, avec pour objectif de remplacer progressivement la flotte vieillissante de F-16.

Cependant, cette quête d’autonomie se heurte à une réalité technologique : malgré les ambitions affichées de produire un moteur 100% national, cette capacité demeure encore lointaine. Le ministre turc de la Défense, Yaşar Güler, a reconnu que le développement du futur moteur indigène n’en était encore qu’au stade de la conception préliminaire.

La visite du président américain Donald Trump à Ankara à l’occasion du sommet de l’OTAN des 7 et 8 juillet pourrait marquer une étape décisive. Selon plusieurs spécialistes, la rencontre entre Trump et le président turc Recep Tayyip Erdogan pourrait débloquer le dossier, sans pour autant effacer les profondes divergences qui continuent d’empoisonner les relations entre les deux alliés.

Sinan Ulgen, directeur du centre de réflexion EDAM basé à Istanbul, estime que cette évolution pourrait permettre la livraison d’une quarantaine de moteurs supplémentaires, suffisants pour accélérer les essais et la production du KAAN.

Si les moteurs F110 pourraient être autorisés à l’exportation, le retour de la Turquie dans le programme F-35 apparaît beaucoup plus complexe. Pour obtenir la levée complète des sanctions américaines, Ankara devrait théoriquement renoncer au système S-400 — une hypothèse jugée hautement improbable.

Revendre ces batteries à un État tiers nécessiterait l’accord préalable de Moscou, tandis qu’un retour du système en Russie semble politiquement exclu. Le professeur Mustafa Aydin, spécialiste des relations internationales à l’université Kadir Has d’Istanbul, estime que le Congrès américain demeure largement opposé à toute normalisation rapide des relations militaires avec Ankara.

Malgré ces incertitudes, le programme KAAN continue de susciter l’intérêt international. L’Indonésie est devenue le premier client étranger en signant un contrat estimé à 10 milliards de dollars pour l’acquisition de 48 appareils. L’échec du programme franco-allemand FCAS pourrait également ouvrir de nouvelles opportunités au constructeur turc.

Néanmoins, les spécialistes soulignent que le KAAN devra encore démontrer ses performances techniques avant de devenir un véritable concurrent sur le marché mondial des avions de combat.

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