Les marchés pétroliers ont évolué sans direction claire ce mardi 30 décembre 2025, les investisseurs intégrant simultanément l’affaiblissement des perspectives d’un accord de paix entre la Russie et l’Ukraine et la persistance de fortes tensions géopolitiques au Moyen-Orient, notamment autour du Yémen. Cette combinaison de facteurs antagonistes explique la faible variation des cours. À New York, le contrat à terme sur le brut WTI pour livraison en février est resté quasi inchangé à 58,08 dollars le baril, tandis que le Brent s’est maintenu autour de 62 dollars.
Cette relative stabilité s’inscrit dans un contexte international toujours plus incertain. Si les marchés continuent d’intégrer une prime de risque liée à la prolongation de la guerre en Ukraine, cet effet haussier est contrebalancé par les anticipations d’une offre mondiale abondante à moyen terme, en particulier à l’horizon 2026. Les opérateurs se retrouvent ainsi pris entre des risques géopolitiques persistants et des fondamentaux structurellement baissiers.
Les dernières séquences diplomatiques ont directement influencé la perception du marché. Le président américain Donald Trump a reçu le président ukrainien Volodymyr Zelensky à Mar-a-Lago, en Floride, le 28 décembre, au lendemain d’un échange téléphonique jugé « positif et productif » avec le président russe Vladimir Poutine. Affichant un optimisme mesuré, Donald Trump a affirmé que les négociateurs étaient « plus proches que jamais » d’un accord, évoquant un projet de texte « finalisé à 90–95 % ». Volodymyr Zelensky a, de son côté, salué des progrès sur les garanties de sécurité américaines et sur les volets économiques liés à la reconstruction de l’Ukraine.
Toutefois, cet élan diplomatique reste fragile. Les questions les plus sensibles — contrôle du Donbass, statut des territoires occupés, démilitarisation et garanties de sécurité à long terme — demeurent sans réponse. Donald Trump lui-même a reconnu l’existence de « questions épineuses » et s’est gardé de fixer un calendrier précis, avertissant que le conflit pourrait encore « se prolonger longtemps » en l’absence d’accord.
Cet optimisme prudent a été rapidement tempéré par une nouvelle montée des tensions. Moscou a accusé l’Ukraine d’avoir lancé une attaque de drones visant une résidence présidentielle, qualifiée d’« attaque terroriste ». Kiev a catégoriquement démenti, dénonçant une mise en scène destinée à justifier une escalade militaire. Le Kremlin a promis des représailles, durcissant encore sa position et réduisant davantage les chances d’un accord imminent.
Malgré ce climat géopolitique tendu, les prix du pétrole restent contenus et évoluent autour de 60 à 62 dollars le baril pour le Brent, bien en deçà des sommets atteints en 2022 et 2023. Les fondamentaux du marché demeurent globalement baissiers. L’offre mondiale continue de croître, portée par l’OPEP+, mais aussi par des producteurs non membres comme les États-Unis, le Brésil et la Guyane. L’Agence internationale de l’énergie anticipe d’ailleurs un excédent de plusieurs millions de barils par jour en 2026.
Parallèlement, la demande progresse à un rythme modéré, freinée par une croissance économique mondiale atone, des gains d’efficacité énergétique et l’accélération de la transition vers les énergies renouvelables. Sur l’ensemble de l’année 2025, les cours du pétrole accusent ainsi une baisse d’environ 20 %, s’orientant vers leur pire performance annuelle depuis 2020.
Dans ce contexte, un accord de paix rapide entraînerait probablement un allègement des sanctions sur le pétrole russe, injectant des volumes supplémentaires sur le marché et accentuant la pression baissière sur les prix. À l’inverse, tant que le conflit se prolonge, une prime de risque géopolitique estimée entre 3 et 5 dollars par baril continue de soutenir artificiellement les cours.
Comme le résume Andy Lipow (Lipow Oil Associates), « le marché intègre un risque géopolitique lié aux attaques contre les infrastructures énergétiques russes et à l’absence d’accord sur les territoires ». Giovanni Staunovo (UBS) confirme qu’« aucune percée immédiate n’est attendue », les marchés s’adaptant désormais à un scénario de conflit prolongé. »


























