Alger, 31 décembre 2025 – Le secteur des assurances algérien vient de clore une année éclatante, du moins selon les rapports officiels des responsables. Chiffre d’affaires record : 142,9 milliards de dinars à fin septembre, en hausse de 7,5 %. Les prévisions pour la fin de l’année approchent les 196 milliards, et 2026 s’annonce sous le signe des 200 milliards franchis allègrement. Les compagnies se félicitent, les dirigeants se congratulent, et les rapports officiels débordent d’optimisme béat. L’assurance automobile progresse de 9,9 %, le Takaful connaît une croissance fulgurante de 92 %, et les acceptations internationales grimpent de 13 %. Tout va bien, paraît-il. Tout va même très bien.
Sauf pour les Algériens. Sauf pour ces près de deux millions de citoyens qui attendent, parfois depuis des années, que les compagnies daignent leur verser ce qui leur est dû. Deux millions de dossiers sinistres en souffrance, pour un montant astronomique de 133,8 à 139,3 milliards de dinars bloqués. Oui, vous avez bien lu : les assureurs encaissent des primes en constante augmentation, affichent des bénéfices records, mais refusent obstinément de payer les victimes d’accidents, d’incendies ou de catastrophes naturelles.
Et qui paie le plus lourd tribut de ce scandale ? L’assurance automobile, naturellement. La moitié de l’encours – plus de 65 milliards de dinars – concerne des propriétaires de véhicules qui ont pourtant honoré leurs primes de responsabilité civile ou tous risques. Ils ont respecté la loi, ils ont cotisé, et qu’obtiennent-ils en retour ? Des promesses creuses, des reports incessants, des plateformes numériques (E-recours) qui engloutissent les dossiers dans une bureaucratie kafkaïenne. On nous vante 47 000 nouveaux contrats souscrits en neuf mois… mais on oublie de mentionner que 1,2 million de contrats optionnels ont été résiliés, tant les prix ont flambé et tant les Algériens sont exaspérés de payer pour un service qui ne respecte jamais ses engagements.
Pendant ce temps, les compagnies d’assurance se gavent, affichent des bilans flamboyants et préparent leurs dividendes mirobolants, tandis que les familles algériennes s’épuisent dans l’attente, certaines au bord de la faillite, d’autres contraintes de reporter des soins vitaux ou de laisser leurs véhicules immobilisés. Des entreprises ferment boutique, victimes de sinistres non indemnisés, et des agriculteurs voient leurs récoltes anéanties par la sécheresse et les catastrophes, sans jamais percevoir un dinar. Tout cela, sous le regard complaisant des autorités de tutelle, qui préfèrent publier des rapports triomphants plutôt que de faire respecter la loi et protéger les citoyens.
Le taux de règlement ? À peine 30 % en valeur, et encore moins en nombre de dossiers. On nous parle d’une « légère amélioration » par rapport à 2024. Légère ? Quand deux millions d’Algériens sont abandonnés, on ne peut parler d’amélioration. Il faut parler d’échec, de délabrement systémique, de scandale institutionnel.
Et que font les dirigeants du secteur ? Ils augmentent les primes, lancent de nouvelles garanties, séduisent de nouveaux clients… tout en laissant pourrir les dossiers anciens dans l’angoisse et la précarité. Les assurés deviennent des otages involontaires, forcés de financer un système qui préfère les profits immédiats aux vies humaines.
L’assurance n’est pas un luxe. En Algérie, l’assurance automobile est obligatoire. On force le citoyen à cotiser. Alors on doit le protéger. Elle est obligatoire, et les Algériens ont payé pour être protégés. S’ils continuent à être ignorés, il ne s’agit plus seulement d’une injustice, mais d’une violation flagrante de leurs droits les plus élémentaires.
En cette fin d’année 2025, alors que les compagnies d’assurance se congratulent pour leurs « performances historiques », rappelons-leur ceci : derrière chaque dossier en souffrance, il y a un visage, une famille, une vie brisée. Deux millions de visages. Deux millions de raisons de s’indigner.
Sinon, à quoi bon tous ces milliards, tous ces records, toutes ces courbes ascendantes ? À quoi bon une croissance insolente si elle repose sur la misère et la colère de millions d’Algériens floués ?


























