Niger : Tiani désarme Zeine au profit d’un ex-directeur de la BCEAO, premier signal d’une purge au sommet ?
Le 28 janvier 2026, le président nigérien Abdourahamane Tiani a posé un geste qui dépasse largement le cadre d’un simple remaniement administratif. Sous le voile technocratique d’un « réaménagement gouvernemental », le chef de la junte a opéré un acte politique d’une brutalité symbolique rare : retirer le ministère de l’Économie et des Finances à son Premier ministre, Ali Mahaman Lamine Zeine, pour le confier à Mamane Laouali Abdou Rafa, ancien représentant du Niger à la BCEAO.
Derrière la froideur du décret se joue une scène de pouvoir classique. Officiellement, il s’agit d’un ajustement technique. Politiquement, c’est un signal fort adressé au cœur même de l’appareil d’État. Le retrait du portefeuille économique à Zeine n’est pas un détail : il marque la fin d’un cycle, celui d’une cohabitation ambiguë entre façade civile et pouvoir militaire.
Zeine demeure Premier ministre, mais perd l’outil central qui faisait de lui l’homme fort du régime depuis le putsch de juillet 2023. Un chef de gouvernement sans levier financier est un Premier ministre diminué, sinon condamné à l’effacement progressif. Cette « promotion » ressemble à une relégation déguisée, prélude possible à une sortie de scène contrôlée. Ses promesses de relance rapide, d’emplois massifs et d’amélioration du pouvoir d’achat se heurtent désormais à une réalité implacable.
Le reste du remaniement accentue ce sentiment de désordre maîtrisé. La suppression du poste de ministre délégué au Budget sonne comme un aveu d’impuissance administrative. La fusion de la Jeunesse, des Sports et de la Culture dans un même portefeuille fourre-tout traduit l’absence de vision sociale cohérente. Quant à la création d’un ministère de la « Refondation et Promotion des valeurs sociales », au titre grandiloquent et aux contours flous, elle relève davantage de la manœuvre politique que de la réforme structurelle.
À l’inverse, les ministères régaliens demeurent intouchables. Défense, Intérieur, Affaires étrangères restent solidement verrouillés. La priorité du régime est limpide : sécuriser le pouvoir avant de refonder l’État.
Dès lors, une question centrale émerge, le régime militaire contrôle-t-il encore la direction réelle de son économie? En confiant les Finances à un ancien cadre d’une institution régionale honnie par les discours souverainistes les plus radicaux, Tiani prend le risque de fracturer sa base.
Ce « désarmement » de Zeine inaugure une logique de purge froide, pas de chars, pas d’arrestations spectaculaires : une chirurgie politique précise. Retrait des leviers, isolement progressif, effacement calculé. Le pouvoir ne tombe pas, il se décompose.
