Syrie: un cessez-le-feu pour évacuer les combattants kurdes après des jours de violences intenses
En ce début d’année 2026, la Syrie, encore marquée par les stigmates d’une guerre civile qui a duré plus d’une décennie, connaît un nouveau foyer de tensions à Alep, sa deuxième plus grande ville. Tôt dans la matinée du vendredi 9 janvier, le ministère syrien de la Défense a annoncé l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu dans les quartiers à majorité kurde de Cheikh Maqsoud, Achrafieh et Bani Zeid. Cette mesure, effective dès 3 heures du matin (heure locale), vise à permettre l’évacuation des combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS, à dominante kurde) vers le nord-est du pays, région sous leur contrôle principal.
Ces affrontements, les plus graves depuis la chute du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024, ont éclaté mardi 6 janvier et se sont rapidement intensifiés, opposant l’armée syrienne aux unités kurdes retranchées dans ces enclaves urbaines. Au moins 21 morts ont été recensés, dont de nombreux civils, et des dizaines de blessés, selon les bilans officiels et ceux des observateurs indépendants. Les combats ont pris une tournure particulièrement dramatique jeudi soir, avec des pilonnages d’artillerie incessants et des échanges de tirs qui ont fait rage jusqu’aux dernières heures de la nuit.
Des colonnes de fumée épaisse s’élevaient au-dessus des toits d’Alep, témoignant de la violence des bombardements. Les quartiers kurdes, encerclés de toutes parts par les zones contrôlées par le gouvernement de transition, sont devenus un théâtre d’opérations où l’artillerie lourde a dicté le rythme des journées. Selon Aron Lund, analyste au Century International, « Alep représente la zone la plus vulnérable pour les FDS. Ces quartiers sont isolés, entourés par des territoires gouvernementaux, rendant toute défense prolongée extrêmement précaire ».
Le coût humanitaire a été immédiat et dévastateur. Des milliers de civils, principalement des familles kurdes, ont fui les zones de combat via des couloirs humanitaires ouverts par les autorités syriennes. Jeudi seul, plus de 16 000 personnes ont emprunté ces passages, selon les chiffres officiels. D’autres estimations font état de dizaines de milliers de déplacés depuis le début des hostilités. Des scènes poignantes ont été rapportées : des parents portant leurs enfants en bas âge, des valises hâtivement remplies, des visages marqués par la peur sous les tirs sporadiques de snipers.
« Nous avons vécu l’enfer, mes enfants étaient terrorisés par les explosions incessantes », confiait Rana Issa, une mère de famille de 43 ans, à un correspondant de l’AFP alors qu’elle quittait Achrafieh. « Nous sommes partis sous une pluie de balles, et beaucoup hésitent encore à fuir par crainte des tireurs embusqués ». Ces témoignages illustrent la détresse d’une population prise au piège d’un conflit qui ravive les plaies d’un pays en reconstruction fragile.
Le cessez-le-feu annoncé par Damas prévoit que les combattants kurdes disposent jusqu’à 9 heures du matin pour quitter les quartiers, en emportant uniquement leurs armes légères. L’armée s’engage à fournir une escorte sécurisée pour leur transfert vers le nord-est syrien, bastion des FDS. L’objectif affiché est clair : éviter une escalade supplémentaire dans des zones densément peuplées et permettre aux habitants déplacés de rentrer chez eux dans un « climat de sécurité et de stabilité ». Le gouverneur d’Alep, Azzam Algharib, a d’ailleurs effectué une visite d’inspection dans Achrafieh aux côtés des forces de sécurité intérieure, signalant une prise de contrôle progressive par les autorités.
Les forces kurdes, quant à elles, n’ont pas encore réagi officiellement à cette annonce. Leur commandant en chef, Mazloum Abdi, avait pourtant dénoncé la veille ces offensives comme un sabotage des négociations en cours.
Ces violences s’inscrivent un an après la fin du régime Assad. Un accord conclu en mars 2025 prévoyait l’intégration progressive des institutions de l’administration autonome kurde et des FDS au sein du nouvel État syrien. Cependant, les pourparlers patinent, et les incidents sporadiques se multiplient. Alep, avec ses enclaves kurdes isolées, cristallise ces rivalités : d’un côté, Damas cherche à affirmer son autorité centrale ; de l’autre, les Kurdes défendent leur autonomie conquise au prix fort durant la lutte contre l’État islamique.
