Le 27 août 2025, l’Algérie a convoqué le chargé d’affaires français à Alger, attisant une crise diplomatique déjà profonde entre les deux pays. Cette convocation fait suite à l’annonce, la veille, par l’ambassade de France, d’une réduction d’un tiers de ses effectifs consulaires à Alger, Oran et Annaba à partir du 1er septembre. Selon Paris, cette mesure est une réponse directe au refus prolongé de l’Algérie d’accorder des visas d’accréditation à plusieurs agents diplomatiques et consulaires français, limitant ainsi la capacité des consulats à traiter les demandes de visas pour les citoyens algériens, notamment pour les études, le travail ou le regroupement familial.
Le ministère algérien des Affaires étrangères (MAE) a qualifié le communiqué français d’« inacceptable », dénonçant un « grave manquement aux usages diplomatiques ». Alger accuse Paris de manipuler l’opinion publique algérienne et d’exercer un « chantage aux visas » pour faire pression sur le gouvernement algérien. Selon l’Algérie, cette réaction est également une application stricte du principe de réciprocité : depuis plus de deux ans, la France bloque l’accréditation de consuls généraux, de consuls et d’agents consulaires algériens, les empêchant de rejoindre leurs postes en France, au détriment des services destinés à la diaspora algérienne, estimée à plus de 800 000 personnes.
En riposte, l’Algérie a pris plusieurs mesures pour réaffirmer sa position et rétablir l’équité dans les relations bilatérales. L’accord de 2013, qui exonérait les détenteurs de passeports diplomatiques et de service des visas, a été abrogé, imposant désormais un visa à tous les agents français. Les privilèges immobiliers accordés à l’ambassade et aux consulats français font l’objet d’un réexamen, signalant la volonté d’Alger de revoir les arrangements bilatéraux.
Au-delà des aspects techniques, le gouvernement algérien adopte une posture souverainiste en liant la crise consulaire à des dossiers historiques sensibles – archives coloniales, réparations pour les essais nucléaires – afin d’affirmer sa souveraineté face à ce qu’il perçoit comme une ingérence française. Le MAE souligne que les restrictions de visas françaises ont des conséquences directes sur les citoyens algériens, limitant l’accès aux études, à l’emploi et au regroupement familial.
Cette escalade diplomatique touche avant tout les citoyens algériens en quête de visas et les Français résidant en Algérie sont directement impactés. Économiquement, les échanges entre les deux pays, notamment les exportations de gaz (5 à 6 milliards d’euros par an), pourraient être fragilisés si la crise se prolonge. Bien que la fermeté algérienne renforce son image souverainiste, elle comporte le risque d’isoler le pays sur le plan diplomatique et de compliquer la désescalade.
L’Algérie pousse ses revendications à l’extrême, dénonçant le chantage de Paris, mais cette stratégie pourrait transformer un différend technique sur les visas en une crise structurelle aux répercussions multiples, tant pour les citoyens que pour les relations économiques et diplomatiques entre les deux pays.