BAMAKO – Au moins 18 personnes ont été tuées dans une frappe aérienne survenue dans le nord du Mali, a rapporté un groupe séparatiste. L’armée malienne, de son côté, affirme avoir ciblé des militants armés lors de cette opération. L’attaque, qui s’est déroulée dimanche, a visé un marché situé à 50 kilomètres au nord de Lerneb, dans la région de Tombouctou, selon le Collectif pour la défense des droits du peuple de l’Azawad, membre d’une coalition séparatiste touarègue. Sept autres personnes ont été blessées dans cette frappe, qualifiée par le groupe de « acte barbare d’un autre âge » et de « violation flagrante des droits humains » dans un communiqué publié lundi.
L’armée malienne a réagi le même jour via un message sur X, déclarant avoir effectué des frappes aériennes sur un « refuge » dans la même zone signalée par le groupe séparatiste, éliminant 11 « terroristes ». Cette divergence de récits illustre une fois de plus les tensions persistantes dans cette région instable du Sahel, où le Mali, aux côtés de ses voisins le Burkina Faso et le Niger, lutte depuis plus de dix ans contre une insurrection menée par des groupes armés, dont certains affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique.
Depuis le coup d’État de 2021 qui a porté le colonel Assimi Goïta au pouvoir, le Mali peine à enrayer la violence dans ses régions centrale et septentrionale. Les forces françaises, autrefois présentes, ont été expulsées au profit d’unités de mercenaires russes, notamment du groupe Wagner, une décision qui a suscité des controverses. L’armée malienne est régulièrement accusée de viser des civils dans ses opérations antiterroristes. Le mois dernier, le Front pour la libération de l’Azawad, une coalition de groupes séparatistes touaregs, a dénoncé l’exécution « de sang-froid » d’au moins 24 personnes par l’armée et des mercenaires russes. En 2024, un rapport de Human Rights Watch a également révélé que les forces maliennes et leurs alliés russes avaient tué au moins 32 civils, dont sept dans une frappe de drone, enlevé quatre personnes et incendié une centaine de maisons dans des villages du centre et du nord du pays.
Ce nouvel incident soulève des questions persistantes sur la stratégie militaire malienne et son coût humain, dans un contexte où la quête de stabilité semble s’éloigner malgré les efforts déployés. La fracture entre les autorités et les populations locales, notamment touarègues, risque de s’aggraver, compliquant davantage une crise déjà inextricable.