Chaque année, la Journée Mondiale de l’Eau met en lumière les défis urgents liés aux ressources en eau à l’échelle mondiale et les actions nécessaires pour y répondre. En Afrique, où vivent près de 1,4 milliard de personnes – un chiffre qui devrait atteindre 2,5 milliards d’ici 2050 – cette problématique est particulièrement cruciale. En 2020, environ 411 millions de personnes, soit près d’un tiers de la population du continent, n’avaient pas accès à des services d’eau potable de base. En Afrique subsaharienne, ce sont 387 millions d’individus qui luttent quotidiennement pour accéder à une eau salubre.
L’Afrique abrite des « châteaux d’eau » naturels essentiels, tels que les montagnes et les glaciers, qui jouent un rôle clé dans la sécurité hydrique et la résilience climatique. Cependant, ces ressources sont gravement menacées. Les glaciers des monts Rwenzori, du mont Kenya, des monts Virunga et du Kilimandjaro disparaissent à un rythme alarmant et pourraient s’éteindre d’ici 2050, compromettant l’approvisionnement en eau de millions de personnes. En cette Journée Mondiale de l’Eau, il est plus urgent que jamais de protéger ce qui reste et de collaborer pour garantir des ressources hydriques aux générations futures.
L’eau est au cœur du développement socio-économique de l’Afrique. Selon le Panel International de Haut Niveau sur les Investissements dans l’Eau en Afrique, l’Afrique subsaharienne perd chaque année 5 % de son PIB – soit 170 milliards de dollars – en raison d’infrastructures hydriques inadéquates. Pourtant, investir dans la sécurité de l’eau offre des retours considérables : l’Union Africaine estime que chaque dollar investi dans l’eau et l’assainissement génère au moins sept dollars de bénéfices dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la sécurité alimentaire et de la protection de l’environnement.
Le changement climatique aggrave la pénurie d’eau en perturbant les cycles hydrologiques, en modifiant les régimes de précipitations et en réduisant la disponibilité de l’eau pour les cultures, le bétail et les pâturages. Cela menace directement la sécurité alimentaire et nutritionnelle à travers le continent. Pour relever ces défis, des solutions pratiques et des cadres politiques solides sont indispensables. Les plans de gestion intégrée des bassins versants et des zones de captage sont essentiels pour optimiser l’utilisation de l’eau, tandis que des infrastructures résilientes garantissent un accès fiable, notamment dans les régions sujettes aux inondations et aux sécheresses. Les pratiques d’économie d’eau, comme la récupération des eaux de pluie et la réutilisation des eaux usées, maximisent les ressources disponibles. Enfin, la restauration des écosystèmes naturels, tels que les berges des rivières et les zones humides, ainsi que des solutions basées sur la nature comme le reboisement, renforcent la résilience hydrique et aident les paysages à s’adapter au changement climatique.
Des mesures politiques doivent accompagner ces initiatives. Renforcer les lois et règlements sur la gestion de l’eau est crucial pour assurer un succès durable. La création et la formation de comités locaux de gestion de l’eau améliorent la coordination et la prise de décision, tandis que des systèmes de surveillance météorologique et d’alerte précoce perfectionnés permettent aux communautés de mieux se préparer aux chocs climatiques.
La Banque Africaine de Développement (BAD) place la sécurité hydrique et la résilience climatique au cœur de sa stratégie décennale (2024-2033), en alignement avec la Vision Africaine de l’Eau 2025 et l’Agenda 2030 pour le Développement Durable. Investissant environ 2,8 milliards de dollars par an dans ce domaine, la BAD reconnaît que la sécurité hydrique est la pierre angulaire du progrès dans tous les secteurs. À travers la Fenêtre d’Action Climatique du Fonds Africain de Développement, elle ambitionne de mobiliser entre 4 et 8 milliards de dollars, dont 75 % sont destinés à l’adaptation climatique, avec une part importante allouée aux infrastructures hydriques. En décembre 2023, neuf projets axés sur l’eau, d’une valeur de 72 millions de dollars, ont été sélectionnés, tandis que 12 autres projets multisectoriels, totalisant 98 millions de dollars, incluent des améliorations de l’accès à l’eau pour l’agriculture et des systèmes d’alerte climatique.
Actuellement, la BAD gère 121 opérations hydriques actives, dont six projets multinationaux et régionaux évalués à environ 6 milliards de dollars, tous conçus avec une approche tenant compte du climat. En Kenya, le programme de la BAD pour l’approvisionnement en eau et l’assainissement dans les villes a amélioré l’accès à l’eau pour plus de trois millions de personnes dans 19 villes, tout en intégrant l’énergie solaire pour réduire les coûts. En Éthiopie et au Soudan du Sud, le projet « Climate Proof Water for Food » renforce la résilience de 211 000 personnes grâce à des systèmes d’eau alimentés par l’énergie solaire et des mesures de gestion des inondations.