La bande de Gaza traverse une période de turbulences sans précédent, marquée par une escalade militaire israélienne et une fracture politique interne entre les factions palestiniennes. Samedi, le Fatah, parti dominant de l’Autorité palestinienne dirigée par Mahmoud Abbas, a lancé un appel pressant au Hamas, le mouvement islamiste au pouvoir à Gaza depuis 2007, pour qu’il abandonne les rênes du gouvernement local. Selon Mounther al-Hayek, porte-parole du Fatah à Gaza, cette passation de pouvoir serait une nécessité vitale pour préserver « la présence des Palestiniens » sur ce territoire exigu, où vivent plus de deux millions de personnes dans des conditions de plus en plus précaires.
« Le Hamas doit faire preuve de compassion pour Gaza, ses enfants, ses femmes et ses hommes », a déclaré al-Hayek dans un message envoyé depuis Gaza à l’AFP. Il a mis en garde contre « des jours difficiles, rudes et pénibles » à venir pour la population si le Hamas persiste à s’accrocher au pouvoir. Pour le Fatah, le maintien du contrôle par le Hamas risque de précipiter une catastrophe humanitaire et politique, voire de menacer l’existence même des Palestiniens dans l’enclave. « Nous appelons le mouvement à quitter la scène gouvernementale et à prendre pleinement conscience que la bataille qui vient, s’il décide de rester, mènera à la fin de notre présence à Gaza », a-t-il ajouté, dans un ton à la fois alarmiste et solennel.
Cette prise de position intervient dans un contexte de tensions historiques entre le Fatah et le Hamas, deux factions rivales dont les relations sont marquées par des décennies de méfiance et d’affrontements. En 2007, le Hamas avait pris le contrôle de Gaza par la force, expulsant violemment l’administration de l’Autorité palestinienne, dominée par le Fatah. Depuis, toutes les tentatives de réconciliation entre les deux groupes ont échoué, laissant les Palestiniens divisés entre deux entités politiques : l’Autorité palestinienne en Cisjordanie, sous l’égide de Mahmoud Abbas, et le Hamas à Gaza.
Aujourd’hui, cette rivalité refait surface alors que Gaza est sous une pression militaire et diplomatique croissante. Après une trêve fragile entrée en vigueur le 19 janvier, Israël a repris ses bombardements sur l’enclave mardi, rompant le cessez-le-feu après avoir coupé l’aide humanitaire le 2 mars. Cette escalade fait suite à des semaines de désaccords avec le Hamas sur les termes de l’accord initial. Le Hamas exige leur application stricte, tandis qu’Israël, soutenu par l’administration américaine de Donald Trump, rejette ces conditions et intensifie ses menaces. Le gouvernement israélien exige la libération des 59 otages encore détenus par le Hamas depuis l’attaque sanglante du 7 octobre 2023, qualifiée de « pogrom » par les autorités israéliennes. En l’absence de concessions, Israël promet de déchaîner « les feux de l’enfer » sur Gaza.
La situation est d’autant plus alarmante que plusieurs ministres israéliens ont récemment durci leur rhétorique. Ils appellent au désarmement total du Hamas et à la démilitarisation de Gaza, tout en brandissant la menace d’expulser une partie ou la totalité de la population et d’annexer des pans entiers du territoire. Ces déclarations font craindre une aggravation sans précédent de la crise humanitaire dans une enclave déjà asphyxiée par des années de blocus et de conflits à répétition.
Face à cette tempête, le Fatah semble vouloir se poser en alternative pragmatique, capable de négocier avec Israël et la communauté internationale pour éviter le pire. Mais cette stratégie est loin de faire l’unanimité parmi les Palestiniens, dont beaucoup perçoivent l’Autorité palestinienne comme affaiblie et déconnectée des réalités de Gaza. Quant au Hamas, il continue de revendiquer sa légitimité en tant que force de résistance face à l’occupation israélienne, malgré les critiques sur sa gestion autoritaire et les souffrances infligées à la population.
Pour les habitants de Gaza, pris entre les bombardements israéliens, les divisions palestiniennes et l’effondrement des services de base, l’avenir apparaît plus incertain que jamais. La rupture de l’aide humanitaire et la reprise des combats ont plongé l’enclave dans une détresse accrue, tandis que les appels du Fatah risquent de rester lettre morte sans un changement radical de dynamique. La question demeure : le Hamas cédera-t-il sous la pression, ou persistera-t-il au risque d’entraîner Gaza dans un gouffre encore plus profond ?