L’Éthiopie a annoncé, ce mercredi 26 mars 2025, la nomination imminente d’un nouveau chef pour l’administration intérimaire de la région du Tigré. Cette décision intervient dans un contexte de tensions persistantes entre factions rivales, mettant en péril l’accord de paix de Pretoria, signé en 2022 pour mettre fin à une guerre dévastatrice de deux ans.
Malgré la cessation des hostilités, la région du Tigré porte encore les stigmates d’un conflit qui a coûté la vie à environ 600 000 personnes. Opposant les rebelles tigréens aux forces fédérales soutenues par des milices locales et l’armée érythréenne, cette guerre a entraîné une crise humanitaire majeure et une instabilité politique durable.
L’accord de Pretoria avait instauré une administration intérimaire dirigée par Getachew Reda, mais son mandat a été marqué par de nombreuses difficultés et divisions internes. Le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a déclaré sur X (anciennement Twitter) que l’administration actuelle n’avait pas réussi à remplir ses missions essentielles dans les délais impartis, justifiant ainsi la nécessité d’un changement à sa tête.
Les tensions actuelles trouvent leur origine dans une opposition grandissante entre Getachew Reda et Debretsion Gebremichael, chef historique du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). La rivalité entre ces deux figures politiques a atteint un point critique ce mois-ci, lorsque des partisans armés de Debretsion ont pris le contrôle de la municipalité d’Adigrat, ainsi que de la mairie de Mekele, la capitale régionale.
Pour Wondimu Asamnew, un proche de Debretsion, la nomination d’un nouveau chef pourrait être une opportunité de sortir de l’impasse actuelle. « Les deux années de gouvernance de Getachew Reda ont été marquées par des crises et des affrontements. Nous avons maintenant besoin d’un gouvernement stable, » a-t-il déclaré.
Selon Kjetil Tronvoll, spécialiste de la Corne de l’Afrique, la perte progressive d’influence de Getachew Reda a favorisé cette décision du gouvernement fédéral. « Le Premier ministre Abiy Ahmed a suivi de près l’évolution de la lutte pour le pouvoir et a jugé opportun de permettre le départ de Getachew Reda au moment où le mandat de l’administration intérimaire expirait. »
L’Union africaine et plusieurs acteurs internationaux, dont les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union européenne, ont exprimé leurs inquiétudes face à cette instabilité persistante. Ils exhortent toutes les parties à engager un dialogue urgent pour éviter une reprise des violences et garantir la mise en œuvre effective de l’accord de paix.
La nomination du futur chef de l’administration intérimaire du Tigré représente un moment charnière pour la stabilisation de la région. Ce choix devra concilier les attentes de la population tigréenne, des factions rivales et du gouvernement fédéral tout en maintenant la paix fragile instaurée par l’accord de Pretoria.
La communauté internationale suivra de près cette transition, consciente que tout faux pas pourrait replonger la région dans une nouvelle période de troubles. Reste à voir si ce changement de leadership permettra enfin de tourner la page du conflit ou si les tensions politiques continueront d’empoisonner l’avenir du Tigré.