Orléans, France – Ce jeudi 28 août 2025, le tribunal administratif d’Orléans a tranché : Protais Zigiranyirazo, surnommé « Monsieur Z » et considéré comme un acteur clé du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, ne sera pas inhumé dans un cimetière de la ville. Cette décision, confirmant un arrêté municipal, repose sur les risques de troubles graves à l’ordre public et la crainte que la sépulture ne devienne un lieu de pèlerinage pour les nostalgiques du régime génocidaire.
Décédé le 3 août 2025 à Niamey, au Niger, à l’âge de 87 ans, Protais Zigiranyirazo laisse derrière lui un héritage profondément clivant. Frère de la veuve de Juvénal Habyarimana, président rwandais assassiné en 1994, il fut condamné en 2008 à 20 ans de prison pour génocide par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). Acquitté en appel en 2009, il demeure néanmoins une figure honnie pour de nombreux rescapés du génocide, les associations de mémoire et une partie de l’opinion publique, qui le considèrent comme l’un des architectes des massacres ayant coûté la vie à près de 800 000 Tutsi et Hutu modérés en 1994.
L’annonce de l’inhumation prévue à Orléans a suscité une vive polémique. Le maire, Serge Grouard (DVD), a pris un arrêté pour interdire la cérémonie, initialement fixée au 28 août, invoquant un « risque grave de troubles à l’ordre public ». La médiatisation de l’événement et la mobilisation attendue de plusieurs centaines de personnes, dans un contexte de tensions exacerbées avec les associations de défense des victimes du génocide, ont conduit à cette décision.
Saisi en référé par la famille de Zigiranyirazo, le tribunal administratif a validé l’arrêté municipal. Dans son communiqué, la juridiction a souligné que « la décision repose sur des risques avérés de troubles à l’ordre public et sur l’insuffisance des moyens disponibles pour garantir la sérénité de la cérémonie ». Le tribunal a également pointé le risque que la tombe ne devienne un lieu de glorification, susceptible d’attiser des tensions tant au niveau local qu’international.
La famille de Protais Zigiranyirazo, établie en France, a exprimé son incompréhension face à cette interdiction. Son avocat, Me Philippe Meilhac, a dénoncé une atteinte aux droits fondamentaux, notamment au respect de la vie privée et au droit à une sépulture digne. « Un corps se trouve actuellement dans une entreprise de pompes funèbres près d’Orléans. Il ne peut rester indéfiniment dans cette situation. Une inhumation doit avoir lieu », a-t-il déclaré.
Me Meilhac a annoncé son intention de former un pourvoi devant le Conseil d’État et, si nécessaire, de solliciter une nouvelle autorisation d’inhumation dans une autre commune. Cette bataille juridique promet de prolonger la controverse.
La décision du tribunal a suscité une vive émotion et une large couverture médiatique. Elle a ravivé les débats sur la responsabilité des acteurs du génocide rwandais et sur la place de leur mémoire dans l’espace public. Certains plaident pour une inhumation dans un lieu neutre, loin des regards, tandis que d’autres estiment que permettre une sépulture en France équivaudrait à offrir une tribune symbolique à un acteur clé de cette tragédie.