TUNIS – L’inhumanité érigée en doctrine d’État. C’est ainsi que l’on pourrait qualifier la gestion brutale et arbitraire de la question migratoire par le régime tunisien. En interceptant 612 migrants subsahariens en mer, avant de les abandonner dans des zones désertiques aux confins des frontières algérienne et libyenne, les forces tunisiennes ont une fois de plus démontré l’ampleur de leur mépris pour la vie humaine.
Transportés en bus vers des régions reculées, notamment aux abords du parc national de Chambi, ces hommes, femmes et enfants ont été laissés sans eau, nourriture ni abri, livrés à eux-mêmes sous un soleil de plomb. Plusieurs migrants ont erré pendant des jours dans le désert avant d’atteindre, dans un état de grande détresse, la ville algérienne de Tébessa. D’autres, moins chanceux, auraient été refoulés vers la Libye, où les attendent emprisonnement arbitraire, réseaux de trafics et extorsion.
Ces déportations s’inscrivent dans une stratégie délibérée de l’État tunisien, qui, depuis l’été 2023, s’emploie à durcir ses méthodes d’expulsion, dans une logique de terreur et de dissuasion. Plus qu’un simple renforcement des contrôles migratoires, il s’agit d’une politique d’exclusion systématique, menée au mépris le plus total des conventions internationales protégeant les droits des migrants et des réfugiés.
Les témoignages recueillis par plusieurs ONG et médias indépendants sont accablants. Des migrants rapportent avoir été menottés, brutalisés, humiliés par les agents de la Garde nationale tunisienne. Les récits des survivants sont accablants. Menottés,. Des enfants, arrachés aux bras de leurs parents, ont été laissés sans protection où la mort guette à chaque instant. Des femmes ont été humiliées, maltraitées, parfois agressées. Cette violence, loin d’être isolée, est devenue un rouage central du dispositif répressif mis en place par les autorités tunisiennes, transformant les migrants en boucs émissaires d’un régime aux abois.
La responsabilité ne saurait se limiter aux autorités tunisiennes. L’Union européenne, dans sa quête obsessionnelle de « barrière migratoire », joue un rôle déterminant dans cette mécanique de refoulement. En échange d’aides financières massives, elle délègue à des régimes autoritaires le soin de contenir les flux migratoires, quitte à fermer les yeux sur les méthodes employées. Ce pacte cynique fait des migrants des pions sacrifiés sur l’échiquier géopolitique euro-méditerranéen.
Sous prétexte de souveraineté et de stabilité, Kaïs Saïed, de plus en plus isolé sur la scène internationale, instrumentalise la question migratoire pour renforcer son autorité, détourner l’attention d’une crise économique et sociale profonde, et rallier les franges nationalistes de la population. Mais à quel prix ? Le désert tunisien devient le théâtre d’une politique de déshumanisation, où des êtres humains sont traités comme des indésirables à éliminer.
Les organisations de défense des droits humains tirent la sonnette d’alarme. Il ne s’agit plus simplement d’alerter, mais de dénoncer un système qui viole les conventions internationales les plus élémentaires. Les mots manquent face à l’indifférence glaciale d’un pouvoir qui, dans sa dérive autoritaire, piétine la dignité humaine au nom d’un ordre sécuritaire sans âme.