Beyrouth, 27 août 2025 – Après près d’une année de détention, la chambre d’accusation de Beyrouth, présidée par le juge Nassib Élia, a ordonné la libération conditionnelle de Riad Salamé, l’ancien gouverneur de la Banque du Liban (BDL). Cette libération est conditionnée au paiement d’une caution record de 20 millions de dollars américains et de 5 milliards de livres libanaises (environ 56 000 dollars au taux actuel), ainsi qu’à une interdiction de quitter le territoire libanais pendant un an.
Cette décision marque un précédent dans l’histoire judiciaire libanaise , jamais une caution d’un tel montant n’avait été exigée pour une libération provisoire. Riad Salamé, qui a dirigé la BDL de 1993 à 2023, reste au cœur des enquêtes sur les crises financières qui ont ravagé le Liban depuis 2019. Il est visé par de multiples accusations, notamment pour détournement de fonds publics, blanchiment d’argent et enrichissement illicite, tant au niveau national qu’international.
Sur la scène internationale, plusieurs pays – dont la France, la Suisse, les États-Unis, le Canada et le Royaume-Uni – ont ouvert des procédures judiciaires contre lui ou imposé des sanctions financières. Ces mesures incluent des mandats d’arrêt internationaux, des gels d’avoirs et des enquêtes approfondies sur son patrimoine.
Riad Salamé a été arrêté en septembre 2024, dans le cadre de l’affaire Optimum Invest, où il est accusé d’avoir détourné 44 millions de dollars. Cette arrestation a suscité un vif débat sur la légalité de sa détention prolongée. Selon l’article 108 du Code de procédure pénale libanais, la détention préventive ne peut excéder six mois, renouvelable une seule fois, rendant sa garde à vue de plus d’un an hautement contestable.
Son avocat, Mark Habaka, a qualifié cette caution de « démesurée et illégale », arguant qu’elle vise à calmer l’opinion publique dans un climat de défiance vis-à-vis de la justice. De son côté, Youssef Diab, un expert judiciaire, propose une analyse plus nuancée : la justice libanaise cherche à éviter une libération automatique en septembre 2025, date à laquelle la détention préventive arriverait à son terme légal. En imposant cette somme colossale, les magistrats encadrent la sortie de prison tout en évitant un acquittement implicite.
La décision repose également sur des considérations médicales. Selon un rapport d’expertise judiciaire, Riad Salamé, âgé de 74 ans, souffre d’hypertension artérielle et de troubles pulmonaires. Ce volet humanitaire a influencé la balance, bien que des critiques émergent quant à une possible manipulation du dossier pour des motifs non avoués.