« Ils m’ont amené ici pour me tuer » : que sait-on réellement de l’affaire du Dr Hussam Abu Safiya ?
Le cas du Dr Hussam Abu Safiya, directeur de l’hôpital Kamal Adwan, dans le nord de la bande de Gaza, suscite une inquiétude croissante au sein des organisations internationales de défense des droits humains. Depuis plusieurs jours, ONG, responsables politiques et experts des Nations unies multiplient les appels pour obtenir sa libération et garantir son accès immédiat à des soins médicaux, alors que plusieurs organisations alertent sur une dégradation rapide de son état de santé.
Selon l’Association israélienne des médecins pour les droits de l’homme (PHRI), le médecin palestinien aurait récemment été transféré dans une unité souterraine d’interrogatoire de la prison de Ramla. À la suite d’une visite effectuée par son avocat, l’organisation affirme que son état physique s’est fortement détérioré et estime que sa vie est désormais en danger imminent.
Lors de cette visite, son avocat a indiqué avoir constaté de nombreuses blessures récentes au niveau de la tête, des yeux, des oreilles et du cou. Il décrit un homme extrêmement affaibli, souffrant de difficultés respiratoires persistantes et peinant à s’exprimer.
D’après son témoignage, le Dr Hussam Abu Safiya lui aurait confié avoir été violemment agressé dans sa cellule par quatre ou cinq gardiens de prison, qui l’auraient frappé à plusieurs reprises sur différentes parties du corps.
Son avocat, Nasser Odeh, affirme également que son client est détenu dans des conditions particulièrement difficiles. Il serait régulièrement maintenu les mains et les pieds entravés, privé d’une alimentation suffisante, d’eau potable et de soins médicaux adaptés, alors qu’il souffrirait de plusieurs maladies chroniques.
Ces révélations ont provoqué une vague de réactions parmi les responsables politiques, les organisations humanitaires et plusieurs experts des Nations unies.
La rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits humains dans les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, a dénoncé ce qu’elle considère comme un manque d’attention de la communauté internationale envers les Palestiniens détenus. Elle estime que les souffrances qu’ils subissent ne constituent pas des cas isolés, mais s’inscrivent dans une réalité plus large, dénonçant ce qu’elle qualifie de silence préoccupant.
L’ancien chef du Parti travailliste, Jeremy Corbyn, s’est déclaré « profondément préoccupé » par les informations faisant état de la dégradation de l’état de santé du Dr Hussam Abu Safiya, appelant à sa libération ainsi qu’à celle des autres médecins palestiniens détenus sans inculpation.
Le député John McDonnell a annoncé avoir porté cette affaire devant le Parlement britannique et demandé au gouvernement d’intervenir d’urgence.
De son côté, la députée Nadia Whittome a relayé sur les réseaux sociaux des propos attribués au médecin palestinien :« Ils m’ont amené ici pour me tuer. Je ne vois aucune chance de survie. C’est la fin. »
Selon l’élue britannique, le Dr Hussam Abu Safiya serait battu quotidiennement, souffrirait de nouvelles blessures à la tête, au cou, aux oreilles et aux yeux, et serait aujourd’hui si affaibli qu’il lui serait difficile de rester assis sans assistance.
Le député travailliste Richard Burgon a également demandé au gouvernement britannique d’exiger qu’Israël lui garantisse un accès immédiat à des soins médicaux et procède à sa libération.
Au Canada, le député néo-démocrate Don Davies a lui aussi appelé Ottawa à intervenir afin d’obtenir la libération du médecin palestinien ainsi que de l’ensemble des professionnels de santé détenus.
La famille du Dr Hussam Abu Safiya tient les autorités israéliennes et l’administration pénitentiaire pour pleinement responsables de sa sécurité. Elle dénonce son placement prolongé à l’isolement, qu’elle considère comme une nouvelle mesure punitive, ainsi que les conditions de détention particulièrement difficiles et le refus persistant de lui fournir des soins médicaux appropriés.
Le Dr Hussam Abu Safiya a été arrêté le 27 décembre 2024, lors d’une opération militaire israélienne menée contre l’hôpital Kamal Adwan, dans le nord de la bande de Gaza, alors que l’établissement poursuivait ses activités malgré les combats.
Depuis son arrestation, il n’est apparu que très rarement en public. D’anciens détenus ainsi que plusieurs organisations de défense des droits humains affirment qu’il aurait été soumis à un régime d’isolement prolongé et à des mauvais traitements.
Le médecin était devenu l’une des figures emblématiques du système de santé de Gaza après avoir refusé de quitter son hôpital lors des opérations militaires, poursuivant les soins aux patients dans des conditions extrêmement difficiles.
Les autorités israéliennes soutiennent que le Dr Abu Safieh serait affilié au Hamas, une accusation qu’elles disent fonder sur des informations de sécurité mais dont les éléments n’ont pas été rendus publics. Le ministère de la Santé de Gaza ainsi que le Hamas rejettent catégoriquement ces allégations. Les faits font l’objet de versions contradictoires entre les différentes parties.
