L’Afrique du Nord s’apprête à franchir une étape majeure dans sa quête d’intégration énergétique. L’Algérie, la Tunisie et la Libye annoncent la signature prochaine d’un mémorandum d’entente pour lancer les études préliminaires d’un ambitieux projet d’interconnexion électrique. Ce « corridor énergétique » vise à relier les réseaux nationaux des trois pays, avec pour objectif affiché de renforcer la sécurité énergétique, optimiser les ressources et, pourquoi pas, poser les bases d’une coopération économique plus large. Mais derrière les promesses d’un avenir électrifié, des questions de faisabilité et d’intérêts divergents persistent, tapies dans l’ombre des discours officiels.
Côté algérien, le projet s’appuie sur une capacité de production excédentaire impressionnante. Avec 24 000 MW disponibles en 2022 et une projection de 30 000 MW d’ici 2032, selon Sonelgaz, l’Algérie se rêve en exportateur régional. Déjà, 500 MW alimentent quotidiennement la Tunisie, une goutte d’eau dans un surplus qui pourrait transformer le pays en pivot énergétique maghrébin. Pour la Tunisie et la Libye, souvent aux prises avec des réseaux instables et une demande croissante, cette interconnexion promet une stabilité bienvenue. L’idée est séduisante : un réseau interconnecté pour mutualiser les forces, réduire les coûts et attirer les investisseurs étrangers en quête de fiabilité énergétique. Sur le papier, tout semble aligné pour un succès retentissant.
Pourtant, la réussite d’un tel projet repose sur des défis techniques colossaux – synchronisation des réseaux, construction de lignes transfrontalières – et des financements qui, pour l’instant, restent flous. L’Algérie, avec ses ressources financières tirées des hydrocarbures, peut-elle porter seule cette ambition ? La Tunisie, engluée dans une crise économique persistante, et la Libye, minée par une instabilité politique chronique, seront-elles des partenaires fiables ou des poids à traîner ? Les précédents historiques, comme l’Union du Maghreb Arabe, rappellent que les rêves d’unité régionale se heurtent souvent à des réalités nationales divergentes.
Au-delà de l’Afrique du Nord, l’Algérie nourrit d’autres ambitions : relier son réseau électrique à l’Europe. En juillet 2024, un accord tripartite a été signé entre Sonelgaz, Sonatrach et le groupe italien ENI pour étudier la faisabilité d’un câble sous-marin reliant l’Algérie à l’Italie. Ce projet, s’il voit le jour, positionnerait l’Algérie comme un acteur incontournable du marché européen de l’électricité.
Si l’interconnexion entre l’Algérie, la Tunisie et la Libye offre des perspectives prometteuses, elle repose sur des bases fragiles. La stabilité politique, la volonté de coopération et les capacités financières seront les véritables arbitres du succès de ce projet.