Maurice Kamto, leader du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), dénonce ce qu’il appelle un « complot politico-judiciaire » orchestré par le régime en place pour empêcher sa participation à l’élection présidentielle de 2025. Dès le 19 mars 2025, Kamto a rencontré en cause la manipulation du processus électoral par le président Paul Biya, au pouvoir depuis plus de 40 ans, et a désigné spécifiquement le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, comme le principal responsable de ce complot présumé. Il accuse Nji d’utiliser son pouvoir pour influencer Elections Cameroun (Elecam) et le Conseil constitutionnel, des institutions censées garantir la transparence des élections et la validation des candidatures.
Les accusations de Kamto s’inscrivent dans un contexte de tensions persistantes avec le gouvernement. En 2018, il se présentait contre Biya lors de l’élection présidentielle, proclamant sa victoire malgré un résultat officiel qui le plaçait en deuxième position. Il avait alors dénoncé les fraudes électorales, ce qui avait conduit à son arrestation en 2019, après des manifestations violentes de ses partisans. Libéré dans la même année, Kamto n’a pas arrêté de critiquer le pouvoir de Biya et son parti, le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC). Ses accusations actuelles ne sont que la répétition d’une injustice qu’il juge systématique, et il évite que toute tentative de bloquer sa candidature aurait des conséquences graves. Il appelle ses partisans à se préparer à « réagir » face à ce qu’il considère comme une nouvelle tentative de déni démocratique.
Le gouvernement, par l’intermédiaire de Jean de Dieu Momo, un ancien membre de la MRC devenu officiel, répond que les options juridiques de Kamto sont limitées. Ce dernier doit soit se présenter en tant que candidat indépendant, exigeant 300 parrainages, soit être désigné par un parti ayant des représentants élus, ce qui n’est pas le cas du MRC en raison de son boycott des élections municipales et législatives de 2020. Momo accuse Kamto d’inciter à la violence et de chercher à déstabiliser le pays en dehors du cadre légal.
Cette confrontation révèle les profondes divisions qui secouent le paysage politique camerounais. L’absence du MRC dans les institutions élues, après son boycott de 2020 pour dénoncer les fraudes, complique l’éligibilité de Kamto selon la législation électorale en vigueur. Par ailleurs, la domination du RDPC et son contrôle sur les institutions étatiques rendent les efforts de l’opposition quasi-impossibles. Avec l’élection présidentielle prévue pour octobre 2025, les accusations de manipulation de Kamto, associées à ses demandes pour un audit des listes électorales, risquent d’aggraver les fractures politiques du pays. Cette situation menace de dégénérer en manifestations ou violences, comme cela a été le cas lors des élections précédentes, à moins que des réformes profondes ne soient entreprises pour apaiser les tensions et préserver l’ordre.