L’armée soudanaise a annoncé ce vendredi avoir repris le contrôle du palais présidentiel, situé au cœur de la capitale Khartoum, à l’issue d’une bataille féroce contre les Forces de soutien rapide (FSR), les paramilitaires qui le tenaient depuis le début du conflit en avril 2023. Cette reconquête marque une avancée significative pour les forces loyales au général Abdel Fattah al-Burhane, dans une guerre qui ravage le pays depuis près de deux ans.
Dans une déclaration diffusée sur la télévision d’État, le porte-parole de l’armée, Nabil Abdallah, a revendiqué une victoire éclatante : « Nos forces ont complètement détruit les combattants et les équipements de l’ennemi, saisissant de grandes quantités d’armes et de matériel. » Il a également promis que l’armée poursuivrait son offensive « sur tous les fronts jusqu’à ce que la victoire soit totale et que le pays soit débarrassé des milices et de leurs soutiens », visant clairement les FSR dirigées par Mohamed Hamdane Daglo, ancien allié devenu rival de Burhane.
Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux, montrant des soldats jubilant à l’intérieur du palais présidentiel, ont renforcé l’annonce officielle. Bien que ces images n’aient pas encore été authentifiées par l’AFP, elles témoignent de l’importance symbolique de cette prise pour les forces gouvernementales, qui cherchent à réaffirmer leur autorité sur la capitale.
Le palais présidentiel, situé dans le centre de Khartoum, était aux mains des FSR depuis les premiers jours du conflit, déclenché le 15 avril 2023 par la rupture entre Burhane et Daglo. Ce bâtiment emblématique, au cœur d’un quartier abritant ministères et institutions clés, était devenu un symbole de la perte de contrôle de l’armée sur la capitale. Ces derniers mois, les combats dans le centre-ville s’étaient intensifiés, l’armée parvenant récemment à reprendre des secteurs stratégiques comme Khartoum-Nord et le Nil Oriental, situés de part et d’autre des affluents du Nil.
Malgré ces avancées, les FSR conservent des positions solides à Khartoum et dans sa ville jumelle, Omdourman, séparée par le Nil Blanc. La lutte pour le contrôle total de la capitale reste donc incertaine.
Pendant ce temps, les affrontements se sont également intensifiés dans d’autres régions du pays, notamment au Darfour. À El-Facher, dernière grande ville du Darfour-Nord encore sous contrôle de l’armée et de ses alliés, les FSR mènent une offensive depuis mai pour s’emparer de cette place forte stratégique. Le gouverneur du Darfour, Minni Minnawi, a rapporté jeudi que des « batailles acharnées » opposaient les forces pro-gouvernementales aux paramilitaires près de Malha, à 210 kilomètres au nord d’El-Facher. Bien que les attaques des FSR aient été repoussées, leurs bombardements ont touché des camps de déplacés, aggravant une situation humanitaire déjà désastreuse.
Le conflit, qui a fait des dizaines de milliers de morts, a plongé le Soudan dans une crise humanitaire d’une ampleur inégalée. Selon l’ONU, plus de 12 millions de personnes ont été déplacées, dont 3,5 millions dans la région de Khartoum. La famine menace 320 000 personnes à travers le pays, tandis que deux millions souffrent d’insécurité alimentaire extrême. Les bombardements indiscriminés, comme ceux signalés récemment près de la capitale et au Darfour, ont exacerbé les souffrances des civils.
La reprise du palais présidentiel par l’armée pourrait redonner un élan symbolique et stratégique aux forces de Burhane, mais la guerre est loin d’être terminée. Avec les FSR toujours actives à Khartoum, Omdourman et au Darfour, le Soudan reste englué dans un conflit aux conséquences dévastatrices pour sa population. L’issue de cette lutte pour le pouvoir, qui oppose deux anciens partenaires devenus ennemis jurés, demeure incertaine.