Le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a déclaré jeudi que son pays n’avait aucune intention d’entrer en conflit avec l’Érythrée, son rival historique, pour obtenir un accès à la mer Rouge. « L’Éthiopie ne cherche pas à s’engager dans une confrontation avec l’Érythrée pour cette raison », a-t-il affirmé, selon un message publié par son bureau sur X. Alors que des craintes de guerre ont émergé ces dernières semaines, Abiy a souligné que cette question, vitale pour l’Éthiopie – un pays enclavé –, serait abordée pacifiquement par le dialogue.
Ces tensions surviennent après que l’Érythrée a ordonné une mobilisation militaire nationale, selon un groupe de défense des droits humains, et que l’Éthiopie a déployé des troupes près de la frontière, d’après des sources diplomatiques et des officiels cités par Reuters. L’ambition d’Abiy d’accéder à la mer Rouge, notamment via le port érythréen d’Assab, a irrité Asmara, qui accuse Addis-Abeba de convoiter son territoire. « L’Érythrée est déconcertée par les ambitions dépassées et malavisées de l’Éthiopie pour un accès maritime », a déclaré mardi le ministre érythréen de l’Information, Yemane Gebremeskel, appelant la communauté internationale à faire pression sur l’Éthiopie pour respecter la souveraineté de ses voisins.
Un conflit entre ces deux nations mettrait fin à une réconciliation historique, saluée par le prix Nobel de la paix décerné à Abiy en 2019, et aggraverait la crise humanitaire dans une région déjà fragilisée par la guerre au Soudan. Lors du conflit civil de 2020-2022 dans la région du Tigré, les forces érythréennes avaient soutenu l’Éthiopie contre le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Cependant, l’accord de paix de Pretoria, signé en novembre 2022 sans la participation de l’Érythrée, a ravivé les différends entre les deux pays.
Au Tigré, les divisions au sein du TPLF compliquent davantage la situation. L’administration intérimaire, soutenue par le gouvernement fédéral éthiopien, accuse une faction dissidente de collaborer avec l’Érythrée, tandis que cette dernière reproche à ses rivaux de négliger les intérêts tigréens. Abiy a annoncé jeudi une prolongation d’un an de l’administration intérimaire, avec quelques amendements, jusqu’aux élections prévues en 2026.
La Corne de l’Afrique reste un théâtre de rivalités et de crises. Alors que l’Éthiopie cherche à sécuriser son accès maritime, l’Érythrée dénonce des accusations infondées de préparatifs de guerre. Dans ce climat, Abiy Ahmed mise sur la diplomatie pour éviter une nouvelle escalade aux conséquences désastreuses.