La police turque a eu recours jeudi matin à des gaz lacrymogènes, des canons à eau et des granulés de plastique pour disperser une manifestation étudiante à l’Université technique du Moyen-Orient (METU) à Ankara, ravivant les tensions après deux jours de calme relatif. Ces affrontements s’inscrivent dans une vague de contestation nationale déclenchée par l’arrestation controversée du maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, la semaine dernière. Ce dernier, emprisonné dans le cadre d’une enquête pour corruption et accusé de liens avec le terrorisme, est perçu par beaucoup comme une cible politique du président Recep Tayyip Erdogan.
Les troubles ont éclaté lorsque des étudiants ont tenté de lire une déclaration publique près des portes de METU, une université réputée pour son militantisme. Selon la chaîne pro-opposition Halk TV et des médias locaux, les forces de l’ordre sont intervenues rapidement, déployant un arsenal anti-émeute pour empêcher le rassemblement. Des images diffusées sur les réseaux sociaux montrent des étudiants se réfugiant derrière des barricades improvisées faites de bennes à ordures, avant d’être dispersés sous une pluie de gaz et d’eau pressurisée. Plusieurs arrestations ont eu lieu, bien que les autorités n’aient pas encore communiqué de chiffres officiels.
Melih Meric, député du Parti républicain du peuple (CHP), le parti d’Imamoglu, était présent sur place. Trempé par les canons à eau et affecté par le gaz poivré, il a dénoncé l’intervention policière : « Mes amis étudiants voulaient simplement s’exprimer devant la presse, mais la police l’a interdit de manière brutale. Voilà le résultat », a-t-il déclaré dans une vidéo relayée sur les réseaux sociaux. Cet incident illustre l’escalade des tensions entre les forces de l’ordre et les manifestants, qui dénoncent ce qu’ils considèrent comme une dérive autoritaire du gouvernement.
Depuis l’arrestation d’Ekrem Imamoglu le 19 mars, des centaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues des grandes villes turques, notamment à Istanbul, Ankara et Izmir. À Istanbul, des rassemblements massifs devant l’hôtel de ville, dans les quartiers de Kadiköy et de Sisli, ont été marqués par des affrontements avec la police, qui a déjà interpellé plus de 1 400 personnes en six jours, selon le ministre de l’Intérieur. Parmi les détenus figurent des étudiants, des journalistes et des figures politiques, accentuant les critiques internationales sur l’usage excessif de la force.
Le président Erdogan, confronté à la plus importante vague de contestation depuis les manifestations de Gezi Park en 2013, a accusé l’opposition de saboter l’économie turque. Réagissant aux appels au boycott des entreprises proches du pouvoir lancés par le CHP, il a promis de tenir les responsables pour compte. « Ceux qui cherchent à faire sombrer notre économie paieront le prix », a-t-il martelé lors d’une allocution télévisée. Cette rhétorique intervient alors que la livre turque chute et que les marchés financiers s’inquiètent de l’instabilité croissante.
Özgur Özel, leader du CHP, a tenté de canaliser la colère populaire tout en promettant une présence parlementaire aux côtés des manifestants pour éviter une escalade. Mardi, il a toutefois averti : « Si la police continue de provoquer, j’appellerai 500 000 personnes à se rassembler là où cela gênera le plus les autorités. » Cette menace souligne la détermination de l’opposition à maintenir la pression sur le gouvernement.