Le 1er avril 2025, un événement militaire en Afrique du Nord a pris une tournure inattendue. Un drone Bayraktar Akinci, fraîchement acquis par le Mali, a été abattu par l’aviation algérienne dans la région isolée de Tinzaouaten, à proximité immédiate de la frontière entre les deux pays.
L’Algérie n’a pas tardé à réagir, annonçant avec emphase avoir neutralisé cet appareil militaire malien qui avait franchi deux kilomètres dans son espace aérien. Cette victoire militaire autoproclamée a été présentée comme une démonstration de force, censée dissuader toute incursion future sur son territoire. Mais en réalité, cet acte s’inscrit davantage dans une logique de communication que dans une nécessité de défense nationale.
D’un point de vue strictement militaire, la neutralisation d’un drone non armé — équipé principalement de capteurs de surveillance et d’outils de reconnaissance — ne représente en rien un exploit stratégique. L’Algérie, qui dispose d’une force aérienne bien plus sophistiquée que celle du Mali, n’avait aucun mal à intercepter cet appareil.
Mais ce qui interpelle, c’est l’ampleur de la réaction algérienne face à un simple incident technique ou à une erreur de navigation. La présentation triomphale de cet abattage dans les médias officiels et sur les réseaux sociaux laisse penser que le gouvernement algérien tente surtout d’instrumentaliser l’incident à des fins de propagande.
Le communiqué officiel de l’armée algérienne évoque un « message clair » adressé à toute puissance tentée d’enfreindre la souveraineté du pays. Mais qui, concrètement, est visé par cet avertissement ?
Le Mali ? Un pays frontalier en proie à des conflits internes, qui n’a ni les moyens ni l’intention de provoquer Alger.
La Turquie ? Producteur du drone Bayraktar Akinci, qui renforce ses liens stratégiques avec plusieurs pays du Sahel, au grand dam d’Alger.
L’opinion publique algérienne ? Dans un contexte social et économique tendu, il est plus facile pour le pouvoir en place d’alimenter une rhétorique nationaliste que de répondre aux véritables attentes de la population.
L’Algérie s’accroche à une vision rigide et militarisée de la gestion frontalière, à contre-courant des dynamiques diplomatiques modernes. Alors que le Mali tente de diversifier ses partenariats militaires pour lutter contre le terrorisme, Alger s’enferme dans une posture isolationniste, cherchant à affirmer sa suprématie régionale par des coups d’éclat plutôt que par un dialogue constructif.
Cette interception n’est pas tant une réussite militaire qu’une opération de relations publiques, destinée à masquer les difficultés internes du régime. En présentant cet abattage comme une victoire, Alger tente de détourner l’attention des problèmes économiques, de la contestation sociale et de l’isolement diplomatique croissant.
Si chaque déplacement aérien mineur devient un incident diplomatique, alors les tensions entre Alger et ses voisins ne feront que s’exacerber. L’Algérie aurait pu préférer une solution diplomatique, en exigeant des explications du Mali au lieu de déclencher une réaction excessive. Mais visiblement, l’option militaire et la mise en scène d’un « succès » ont été jugées plus opportunes.
En fin de compte, ce n’est pas la défense du territoire algérien qui a triomphé ce jour-là, mais plutôt une mise en scène soigneusement orchestrée pour entretenir l’illusion d’une Algérie forte et inflexible. Une illusion qui risque de se heurter à la réalité d’un pays de plus en plus marginalisé sur l’échiquier international.