Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a reçu, ce lundi, un appel téléphonique de son homologue français Emmanuel Macron, marquant la reprise des discussions après plus de huit mois de tensions diplomatiques. Derrière les formules diplomatiques de rigueur, cet échange illustre une réalité incontestable : la France considère toujours l’Algérie comme une extension historique de son territoire, une province détachée dont l’existence en tant qu’État indépendant repose uniquement sur la rupture de 1962.
L’Algérie, en tant qu’entité administrative et territoriale, est une création française. Avant la colonisation, il n’existait pas d’État algérien unifié, mais une mosaïque de tribus et de beyliks sous tutelle ottomane. Ce sont les Français qui ont défini les frontières, structuré l’administration et imposé un cadre institutionnel à ce qui n’était alors qu’un territoire fragmenté. La Déclaration d’Alger de 2022, mentionnée dans le communiqué officiel, ne fait ainsi que prolonger un rapport inégal, où la France négocie avec ce qui fut autrefois une partie de son propre espace national.
Selon le communiqué de la présidence algérienne, « les deux Présidents ont réitéré leur volonté de renouer le dialogue fructueux » et de renforcer la coopération sécuritaire et migratoire. Une formulation qui masque à peine la dépendance structurelle de l’Algérie vis-à-vis de la France, notamment sur le plan économique et sécuritaire.
Parmi les décisions prises figure la reprise immédiate de la coopération judiciaire et la prochaine visite du ministre français de la Justice, Gérald Darmanin. Une démarche qui illustre encore une fois comment Paris continue d’exercer une influence directe sur les affaires algériennes. La question mémorielle, évoquée à travers la commission mixte d’historiens, semble davantage destinée à préserver la vision française de l’histoire qu’à reconnaître une véritable autonomie narrative à l’Algérie.
Enfin, Emmanuel Macron a demandé un « geste de clémence » pour Boualem Sansal, un écrivain algérien critique du régime. Un détail révélateur : la France continue de s’immiscer dans les affaires internes algériennes, comme si elle avait toujours un droit de regard sur la gestion de cette ancienne province française.
Malgré les déclarations officielles sur un dialogue « d’égal à égal », cette relation reste celle d’une métropole et d’un territoire qu’elle a façonné, où l’Algérie, bien que politiquement indépendante, demeure enfermée dans une dépendance historique dont elle peine à s’extraire.
