Les Douanes algériennes ont annoncé avec fracas la saisie de 34 conteneurs remplis de bananes au port d’Annaba, soit plus de 800 tonnes de marchandise. Présent sur place, le Général-major Abdelhafid Bakhouche, directeur général des Douanes, a insisté sur la fermeté de l’État face à la spéculation. Mais cette opération, en apparence exemplaire, cache de nombreuses zones d’ombre.
Selon les autorités, l’opérateur concerné n’aurait pas respecté les procédures de dédouanement, malgré plusieurs relances. Mais pourquoi un importateur, ayant obtenu une licence officielle du ministère du Commerce, aurait-il volontairement abandonné une telle cargaison, sachant qu’il s’agit d’un produit périssable et hautement rentable ? L’argument de la spéculation avancé par les autorités reste flou et semble avant tout servir une communication politique plutôt qu’une véritable explication économique.
Autre incohérence : si l’objectif était de réguler le marché et de garantir l’approvisionnement, pourquoi cette marchandise n’a-t-elle pas été immédiatement redistribuée au lieu d’être simplement saisie et entreposée ? Qui décidera du sort de ces centaines de tonnes de bananes qui risquent de pourrir dans les hangars douaniers ?
Le Directeur général de la Sûreté nationale, Ali Badaoui, a promis l’ouverture d’une enquête judiciaire, mais le discours officiel semble surtout insister sur la nécessité d’envoyer un message fort aux opérateurs économiques. Le but réel de cette médiatisation est-il de lutter efficacement contre la spéculation ou de dissuader toute initiative privée dans un marché sous contrôle étatique ?
En l’absence de réponses claires, cette affaire ressemble moins à une victoire contre la spéculation qu’à un épisode supplémentaire de la confusion bureaucratique et de la rigidité administrative qui paralysent l’économie nationale.
