Le président ougandais Yoweri Museveni est arrivé jeudi à Juba, capitale du Soudan du Sud, pour une rencontre décisive avec son homologue sud-soudanais Salva Kiir. Cette visite intervient dans un contexte de tensions croissantes, alors que le premier vice-président Riek Machar a été placé en résidence surveillée, ravivant les craintes d’un retour à la guerre civile.
Museveni a été accueilli à l’aéroport international de Juba par le président Kiir. Cependant, son discours public n’a pas directement abordé la crise actuelle. Il a simplement déclaré que ses entretiens visaient à « renforcer les relations bilatérales et à accroître la coopération entre nos deux nations ». De son côté, Salva Kiir a confirmé que les discussions porteraient sur « l’évolution politique actuelle du pays ».
La visite du président ougandais fait suite aux efforts de médiation menés par l’Union africaine et l’Autorité intergouvernementale sur le développement (IGAD), un organisme régional d’Afrique de l’Est. Ces initiatives visent à empêcher une escalade du conflit qui menace de replonger le pays dans une guerre civile sanglante.
Le Soudan du Sud, indépendant depuis 2011, a été ravagé par une guerre civile entre 2013 et 2018, opposant les forces fidèles à Kiir, majoritairement d’ethnie Dinka, et celles de Machar, composées principalement de combattants Nuer. Ce conflit a entraîné des centaines de milliers de morts et des millions de déplacés. Un accord de paix fragile a permis la formation d’un gouvernement d’unité nationale en 2020, mais les tensions persistent entre les anciens rivaux.
La récente assignation à résidence de Machar, accusé par l’administration de Kiir d’attiser une nouvelle rébellion, a ravivé les craintes d’un embrasement du pays. L’ONU a mis en garde contre un risque imminent de conflit généralisé, fondé sur des clivages ethniques profonds.
L’Ouganda, qui avait déjà soutenu militairement Kiir durant la guerre civile, a de nouveau envoyé des troupes au Soudan du Sud le mois dernier. Officiellement, cette intervention vise à renforcer la sécurité à Juba et à éviter que la crise ne dégénère en affrontements armés. Toutefois, cette présence militaire suscite des critiques, notamment de la part du parti de Machar, qui dénonce une violation de l’embargo sur les armes imposé au Soudan du Sud.
Mardi, le chef militaire ougandais, Muhoozi Kainerugaba, fils de Museveni, a déclaré que ses troupes cesseraient leurs attaques contre la milice de l’Armée blanche – un groupe armé nuer – si celle-ci renonçait à ses offensives contre les forces ougandaises. Cette annonce illustre la complexité du conflit et l’implication croissante des forces régionales dans les tensions sud-soudanaises.
Les analystes politiques estiment que Kiir tente de renforcer son pouvoir face à un mécontentement grandissant au sein de son propre camp. Âgé de 73 ans, il fait face à des spéculations sur sa succession et à une pression accrue pour rétablir la stabilité avant les prochaines élections. En écartant Machar de la scène politique, Kiir pourrait chercher à éviter un adversaire potentiel tout en consolidant son contrôle sur le pays.
Pour l’instant, la communauté internationale appelle au dialogue et à la retenue. La visite de Museveni pourrait jouer un rôle clé dans la prévention d’une nouvelle guerre civile, mais les tensions persistent et l’avenir du Soudan du Sud reste incertain.