17 mars 2025 – Ce lundi, un coup de tonnerre a résonné entre Kigali et Bruxelles : le Rwanda et la Belgique ont rompu leurs liens diplomatiques dans une escalade sans précédent. En 48 heures, les diplomates des deux pays ont été priés de faire leurs valises, marquant la fin d’une relation déjà tendue par le poids de l’histoire coloniale et les flammes du conflit à l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Cette rupture n’est pas qu’une querelle passagère ; elle révèle des blessures profondes et des visions irréconciliables sur la paix et le pouvoir dans la région des Grands Lacs.
Tout a explosé ce matin. À 9h00, heure de Kigali le ministère rwandais des Affaires étrangères a largué une bombe : « La Belgique est désormais un ennemi., et de « salir son image » en soutenant des sanctions internationales liées à la guerre en RDC.. « La Belgique, avec son passé colonial, n’a aucune leçon à nous donner », a asséné le ministère rwandais des Affaires étrangères, ordonnant l’expulsion immédiate des diplomates belges: le Rwanda dit se défendre contre les milices hutues des FDLR, tapis dans l’est congolais, tout en rejetant les allégations d’un soutien au M23, ce groupe rebelle tutsi qui a semé le chaos en s’emparant de Goma le 6 février.
Bruxelles n’a pas tardé à répliquer. « Une réaction disproportionnée », a déploré Maxime Prevot, ministre belge des Affaires étrangères, avant de déclarer les diplomates rwandais indésirables sur le sol belge. La Belgique, ancienne puissance coloniale au Congo jusqu’en 1960, se pose en défenseur de la stabilité régionale, dénonçant l’implication présumée du Rwanda dans l’offensive du M23 – une accusation étayée par des rapports de l’ONU faisant état de 4 000 soldats rwandais en RDC. Mais pour Kigali, cette posture n’est qu’un écran de fumée, une tentative de la Belgique de laver son passé colonial en s’érigeant en juge des affaires africaines.
Au cœur de ce bras de fer, la mémoire coloniale joue un rôle explosif. La Belgique, qui a administré le Rwanda et le Congo au XXe siècle, est accusée par Kigali de nourrir une arrogance néocoloniale, notamment via ses pressions pour suspendre les accords bilatéraux sur les minerais stratégiques de la RDC. Le Rwanda, lui, brandit le génocide de 1994 comme un argument moral, rappelant que les FDLR, héritières des responsables du massacre de 800 000 Tutsis, restent une menace qu’il ne peut ignorer. Cette collision entre passé et présent transforme une crise diplomatique en un règlement de comptes historique.
Pendant ce temps, la RDC paie le prix fort. L’avancée du M23 a plongé l’est du pays dans une tragédie humanitaire : 7 000 morts, des millions de déplacés, et une économie de guerre dopée par les minerais qui attire les convoitises. Kinshasa, soutenu par Bruxelles, pointe du doigt le Rwanda comme pyromane régional, tandis que Kigali rétorque que la Belgique et ses alliés ferment les yeux sur les milices hutues pour mieux accuser les Tutsis.
Cette rupture laisse des questions en suspens. Jusqu’où ira l’isolement du Rwanda, déjà sous le feu des critiques internationales ? La Belgique pourrait-elle maintenir sa crédibilité dans la région sans raviver les fantômes de son passé colonial ? Et surtout, qui sauvera la RDC de cette spirale de violence ? Une chose est sûre : entre mémoire coloniale et crise congolaise, le divorce entre Kigali et Bruxelles est bien plus qu’une simple brouille – c’est un choc dont les échos résonneront longtemps.